27.11.2009

L'entretien : une missionnaire de 20 ans

rencontre_lydia_karam.jpgLydia Karam est de Beyrouth. A bientôt 20 ans, elle entre en troisième année de médecine, et participe cet été encore à la Mission des Sœurs des Saints Cœurs. Elle parle français, bien sûr. Nous discutons après le déjeuner.

  • Depuis combien d'année participes-tu à la Mission ?

  • Cela fait la cinquième année... Mais en 2006, la session a été annulée à cause de la guerre [avec Israël]. J'ai décidé de participer à la Mission en classe de seconde, quand des anciens sont venus témoigner de leur action. J'ai toujours été attirée par l'engagement religieux ou humanitaire, c'est aussi pour cette raison que je fais médecine !

  • Qu'est ce qui te plait, dans la Mission ?

  • C'est à la fois l'occasion de recevoir et de donner... Ce qui est très enrichissant. Nous travaillons avec des enfants, à qui nous faisons une séance de catéchisme adaptée à chaque âge. Cela demande de savoir animer un groupe, intéresser des enfants... avec des jeux, des chants, des danses... D'un autre côté, nous apprenons à gérer un groupe. Par exemple, l'autre jour, nous avons appris à placer notre voix. Nous apprenons aussi à grandir dans la foi et à la transmettre.

  • C'est important, de transmettre la foi au Liban ?

  • Pas seulement au Liban ! Partout dans le monde, c'est la même chose ; les jeunes s'attachent aux choses superficielles. Ici, nous avons de 16 à 26 ans, ce qui permet aux plus âgés de donner l'exemple aux plus jeunes. Leur apprendre par exemple à se détacher du monde extérieur pour se mettre en relation avec Dieu, pour mieux donner.

  • Quelque chose a changé dans ta vie, depuis que tu es missionnaire ?

  • Oui, bien sûr ! J'ai grandi en plusieurs choses, car la mission ne s'arrête pas à la fin des 15 jours... On passe notre vie à essayer d'atteindre un but, le travail ne cesse de continuer. La mission, c'est être missionnaire, et c'est une façon d'être tout les jours...

 

Cet entretien n'a pas été publié pour des raisons de timing. Il devait permettre de dépanner la Rédaction si les voyageurs s'étaient trouvés dans l'impossibilité de transmettre leurs nouvelles hebdomadaires.

26.11.2009

Voyage Un pèlerinage vers Jérusalem en 305 break... (8)

Deux semaines de « non existence » officielle

12_08_vue_jerusalem.jpgQuand j'étais plus jeune encore, aux scouts, il y avait une chanson qui disait : « je peux faire de la voile sans vent, je peux ramer sans rame, mais ne peux quitter mon ami sans verser une larme »...
Il a bien fallu quitter Jérusalem, quitter Israël, quitter les amis que nous nous y étions fait. C'est sans doute une des séparations les plus difficiles du voyage ; en moins de deux, grâce à notre ami Yori, nous étions comme chez nous. Les derniers jours se tirent. A Tiberias grâce à une invitation sur une plage privée, nous rencontrons des juifs traditionnels, qui grattent la guitare entre leur femme et leurs gosses en regardant le soleil rougir les eaux. Au Mont des Béatitudes, nous avons une messe en italien (pour changer); le prêtre nous fait traduire son homélie au fur et à mesure par un membre du groupe. Puis retour en Jordanie pour un transit vers la Syrie. Les tampons de sortie sur une feuille volante, planqués dans la voiture, la cagette écrite en hébreu envoyée à la poubelle, nous passons la frontière pour un séjour provisoire. Il s'agit essentiellement de saluer nos amis de Soufanieh, à qui nous rapportons des chapelets venus de là où ils n'iront peut-être jamais, d'acheter des narguilés, et... de continuer vers le Liban, la dernière grosse étape du voyage !

18_08_yori.jpgNous sommes un peu inquiets, depuis quelques jours, de la situation géopolitique actuelle. Nous savions avant de partir qu'il est impossible d'entrer en Syrie ou au Liban avec un signe faisant référence à Israël, qui n'est même pas officiellement reconnu dans ces pays. Vers Israël par voie terrestre, la seule frontière que nous pouvons franchir en voiture privée est au sud du lac de Tibériade, dans la vallée du Jourdain, entre la Jordanie et Israël. Les tampons de sortie de Jordanie l'indiquent d'ailleurs : « J. Valley crossing point ». Il s'agit de la seule preuve visible, sur nos passeports, que nous sommes passés de l'autre côté. Bien sûr, nous n'allons pas nous en vanter... Nous apprenons que le Hezbollah est récemment entré au gouvernement libanais, malgré les mises en garde d'Israël. Et pour arranger le tout, un jeune soldat israélien a été enlevé dans la région cette semaine, escarmouche supplémentaire d'une guerre qui ne dit pas son nom et où les protagonistes ne sont pas forcément identifiés.
Pour cette raison, nous n'avons pas dessiné les frontières et notre itinéraire sur le capot de la voiture. Il est un peu frustrant, pour tout avouer, de ne pas pouvoir dire que nous venons de Jérusalem. Du moins, pas avant la Turquie ! Il est d'autant plus difficile de se taire que la situation aux frontières est relativement tranquille. Les menaces de gaffes s'accumulent en deux jours : Damien demande les prix en sheckels, la monnaie israélienne, j'ai une chanson en hébreu dans la tête « Evenou shalom alerem », et à la question « vous êtes passés par quels pays ? » la réponse de Pauline fuse : « Turquie, Syrie, Jordanie, euh... Jordanie, Syrie... » Officiellement, nous avons disparu de la surface de la planète pendant deux semaines.

Au compteur de la 305 Break
18_08_trajet.jpgReste le retour
Avec 10 119 km, il ne nous reste plus que 675 euros. Ça y'est, nous avons atteint notre quota de kilomètres, et bientôt de monnaie... Et il reste pourtant tout le retour ! La mention sur nos cahiers de préparation « Israël : 450 km » nous fait doucement rigoler. Dans ce si petit pays, nous avons fait plus de 2000 km. La faute au mur certainement...

Le bon plan
Dialoguer patiemment
Une méthode infaillible pour le dialogue interreligieux : prenez deux ou trois cathos armés d'un Nouveau Testament ; mettez-les à minuit sur la route d'un juif, de sa Torah et de ses lunettes de vue qui ne tiennent plus qu'à une branche. Ajoutez quelques litres de sueur, un mois de crasse et une bonne dose de fatigue d'une part, une hospitalité sans faille de l'autre ; de la curiosité des deux côtés, trois gosses adorables qui n'attendent que des babysitters mode touriste pour rigoler, une nuit sur la plage de Tibériade et quelques hamburgers casher... La dernière condition explique sans doute la moitié des conflits religieux de la planète : pour dialoguer, il faut être prêt à passer ses nuits, pas une, ni deux, mais toutes celles où l'on se retrouve, à parler théologie...

La galère de la semaine
Comme les autochtones
Précédemment, nous annoncions avoir choisi le bus pour passer le mur. Le lendemain, sur un coup de tête, nous avons décidé d'aller voir le monastère orthodoxe Saint George près de Jéricho, et d'y aller en voiture. Or, Jéricho est dans les territoires palestiniens. Pas de problème à l'aller... Nous déjeunons en ville puis décidons de remonter au nord pour retrouver notre ami qui nous attend pour aller à Tiberias. Au final, nous avons cherché un check point ouvert pendant 4 h, partageant ainsi la galère quotidienne des autochtones.

Articles publiés dans Croix du Nord du 28 août au 3 septembre 2009

25.11.2009

L'entretien : « Il y a des conversions »

17_08_pere_yacoub.jpgNous coinçons le Père Yacoub Hijazin dans sa paroisse Saint Joseph d'Amman juste avant de retourner en Syrie.

  • Père Yacoub, quand avez-vous pensé être prêtre ?

  • Je suis d'une famille catholique latine... C'est d'abord l'habit de mon curé qui m'a fasciné. J'étais tout petit, à l'école, et je voulais le même ! Ça avait l'air prestigieux à l'époque !

  • Il y a beaucoup de chrétiens ici ?

  • Quelques uns... Mais ce sont surtout des syriens, des irakiens réfugiés ou des étrangers venus travailler. Dans ma paroisse il y a beaucoup de femmes asiatiques qui travaillent à Amman. Et puis quelques jordaniens... Mais pas beaucoup, peut-être 2%, c'est tout.

  • Les chrétiens sont bien vu ici ?

  • Oui, plutôt ! Il y a toujours des proches conseillers du Roi qui sont chrétiens, et ses enfants sont dans une école chrétienne aussi, la meilleure du pays ! Ici l'État fait confiance aux chrétiens. Mon neveu qui est dans l'armée, on l'a nommé responsable de la formation des femmes, parce qu'on pense qu'avec un chrétien ça ne pose pas de problème...

  • Et si les gens se convertissent ?

  • Il y a des conversions. Mais les gens restent discrets, pour éviter d'avoir à changer de passeport et tout... Ça créé des situations assez compliquées quand même.

24.11.2009

Voyage Un pèlerinage vers Jérusalem en 305 break... (7)

Debout resplendis, car voici la lumière ! Nous voici au sommet...

08_08_chemien_de_croix.JPG« Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! Jérusalem, te voici dans tes murs, ville où tout ensemble ne fait qu'un ! » Ainsi le psaume 121 salue-t-il la ville, que nous avons découverte le 6 août au soir.
Surprise ; avant la ville, le désert laisse progressivement place à des forêts de sapins, alors que nous montons dans les embouteillages vers Sion. Une ville de plus de trois millénaires, cité de David, tombeau du Christ, citadelle de Godefroy de Bouillon et maintenant, fourmilière des populations du monde entier, qui vendent, qui achètent, qui prient, qui guerroient, qui marchent ou qui admirent... Paix oblige, l'été venu, Jérusalem est un festival de nationalité. Le premier soir, nous dînons dans un restaurant italien casher [au milieu de famille juive françaises venues en vacances]. Le lendemain, nous observons la fabrication du pain chez des boulangers du quartier arménien... Des polonais prient dans leur langue sur la Via Dolorosa, où l'on trouve le premier chemin de croix de la Chrétienté. A l'ouverture du Sabbat, les juifs dansent devant le Mur des Lamentations. Voilà que l'appel du Muezzin retentit ; ici, chacun a son heure pour exprimer sa prière. [Les franciscains, qui tiennent maintenant les lieux saints, ont fait monter en cachette un orgue majestueux au Saint Sépulcre, que l'on entend la nuit... On parle hébreu, arabe, italien, anglais, français... Derrière les murailles maintes fois détruites, maintes fois reconstruites, chaque fois agrandissant un peu la ville,] la ville respire à cent rythme différents. Quel dommage que les peuples ne puissent s'entendre !
08_08_mur_lamentations.JPGEt puis Bethléem... De l'autre côté du Mur, tout change. Dans notre bus, il n'y a quasiment que des Arabes ; [nous ne sommes pourtant pas contrôlés et fouillés avec beaucoup d'ardeur.] Seuls deux enfants, qui se sont glissés derrière des fauteuils, en sont quitte pour rentrer à pied à Bethléem. [En les voyant rire sous cape, on devine qu'ils n'en sont pas à leur coup d'essai]. Mais le mur a quand même quelque chose d'impressionnant, même en temps de paix. [Imaginez 10 à 15 mètres de parpaings. Nous avons vu une propriété coupée en deux par ce mur. Berlin ou la muraille de Chine ? De l'autre côté, des bâtiments à moitié construits ; on construit pendant la paix, en attendant que la guerre vienne tout détruire à nouveau]. Nous retrouvons quelque chose de la Syrie, de la Jordanie, avec plus de ruines et plus de tensions. « Ça a l'air calme », nous explique Sœur Sophie, qui tient une crèche dans Bethléem. Elle est d'origine libanaise, comme beaucoup des filles de la Charité ici. Ce n'est pas tous les jours facile pour elles. « Tous les 15 jours, on n'a plus d'eau. [Je n'ai pas rempli la piscine pour les enfants, parce que je dois vider les citernes pour ça, et] que se passera t-il si on nous coupe l'eau plus longtemps ? » Pour elle, la paix n'est qu'une accalmie entre deux tempêtes.
Et pourtant, il y a tant de raison de s'émerveiller ici ! A Jérusalem, la congrégation s'occupe d'enfants juifs apportés par les services sociaux ; ici, ce sont des petits palestiniens, qu'on trouve souvent abandonnés, handicapés, où dont les parents sont inaptes. Ils ont un an, et ne font pas six mois. Nous passons l'après-midi à jouer avec eux ; deux jumeaux maigres à faire peur se tiennent déjà debout et sourient sans cesse ; une petite a perdu sa mère, tuée par sa propre famille parce qu'elle était enceinte sans être mariée. Le pays est dur, l'Islam aussi est dur ; il ne faut pas se voiler la face. Mais « ce que vous faites à un de ces petits, c'est à moi que vous le faites, disait le Christ ; et ici à Bethléem, c'est encore plus fort. C'est l'enfant Jésus que nous reconnaissons dans ces bébés... » explique Sœur Sophie avec une simplicité émouvante. « Appelez le bonheur sur Jérusalem ; Paix à ceux qui t'aiment ! Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais ! » dit encore le psaume.

11_08_israel.JPGAu compteur de la 305 break
Idée loufoque
8 200 km.. encore des kilomètres en rab, suite à notre idée loufoque d'aller voir le lever du soleil à Eilat, au sud du pays, en face d'Aqaba où nous étions la semaine précédente. On nous avait dit que ça en valait le coup ; [L'anecdote de la semaine, c'est que nous nous sommes reposés 4 h dans une station service fermée à même pas 30 km de la bande de Gaza... Réveil à 23 h 30 par un contrôle de police, qui vérifie nos passeport et nous souhaite « good night » en nous laissant sur place en partant... Le camping sauvage ne pose décidément pas de problème aux israéliens !]

Le bon plan
Le bus pour franchir le mur
Passer le mur en bus... Nous y avons réfléchi ; notre voiture, avec sa plaque d'immatriculation française (notre fierté !), peut-elle franchir le mur qui sépare Israël des territoires palestiniens ? Une chose est certaine, nous serons fouillé de fond en comble. On a déjà payé à la frontière ! Et puis qui sait ce que l'on peut nous glisser sous le capot quand nous aurons le dos tourné, voiture en stationnement... Nous décidons donc de suivre les français avec lesquels nous logeons pour aller voir Bethléem, qui se trouve de l'autre côté. La situation actuelle étant relativement calme, nous passons comme une lettre à la poste.

La galère de la semaine
Fallait réserver ?
« Mais vous êtes fous de ne pas avoir réservé ! » C'est en substance ce que l'on entend chaque fois que nous débarquons dans une nouvelle maison d'accueil de pèlerins à Jérusalem. Nous avions eu l'occasion de vérifier à Nazareth que les hôtels sont chers. Trouver un minimum de confort à Jérusalem tient de l'exploit ! Nous ne demandons pourtant pas grand-chose. Mais en juillet-août, tout est plein. La faute à... la paix ; trois ans sans guerre, ici, c'est un encouragement à passer ses vacances autour des lieux saints ! Mais comme la Providence veille, nous rencontrons cinq françaises et un prêtre qui ont trouvé à se loger dans un orphelinat en vacances...

Intégralité des articles envoyés à Croix du Nord du 14 au 27 août 2009
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