20.11.2009
L'entretien : une pause sous une tente de bédouins
Au hasard d'un des refroidissements de Shéhérazade, notre break, nous nous faisons inviter sous une tente de bédouin. Les huit filles nous offrent le thé. Nous communiquons à grand renfort de dessins et de gestes... Traduction des informations échangées !
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Vous vivez sous cette tente ?
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Oui, ce sont des tissus traditionnels que nous faisons à la main avec des poils de chèvres. Il y a la place ! Ici, nous sommes 19 enfants. Les hommes sont partis travailler avec le pick-up, ils rentreront ce soir. D'où venez vous ?
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Nous venons de France, vous pouvez le voir sur la carte peinte sur la voiture ! Pour l'instant, nous sommes là en Jordanie... Mais vous parlez un peu d'anglais !
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Oui, nous apprenons à lire et écrire l'anglais à l'école ! Vous parlez arabe ?
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Juste quelques mots ! Merci pour le thé, shukran ! Vous élevez des animaux ici ?
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Des chèvres, des poules et des pigeons. Vous voulez le tenir ? Il faut le prendre par les ailes... (tentative maladroite d'Elisabeth sous les rires des filles).
Nous nous sommes quittés une heure plus tard, après quelques fou rires et la visite de voisins.
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19.11.2009
Voyage Un pèlerinage vers Jérusalem en 305 break... (5)
L'hospitalité syrienne ouvre les portes du monde arabe
Nous devons ouvrir nos journaux de voyage pour nous rappeler ce qui s'est passé ces derniers jours : le temps est devenu parfaitement élastique.
Nous sommes en Syrie depuis le mardi 22. A vrai dire, le pays n'a pas beaucoup changé depuis Antioche (Antakya), qui est une presqu'île de la Turquie en Syrie. Là-bas à Antioche, nous retrouvons les premiers chrétiens, en l'occurrence Saint Pierre et saint Paul, qui se sont rencontrés dans la chapelle troglodyte au-dessus de la ville. Les actes des apôtres nous apprennent que les premiers chrétiens s'enfuyaient de cette chapelle par un passage souterrain dans la montagne, dont l'entrée existe encore ! Nous pouvons même nous y faufiler dans l'obscurité. A Antioche, de sympathiques rencontres : chez Barbara, qui a tout plaqué à 20 ans pour ouvrir une maison d'accueil des pèlerins à Antioche, nous prions avec les chants de Taizé. D'autres voyageurs sont là : Canadiens, Américains, une Lituanienne...
La frontière entre la Turquie et la Syrie est mouvementée. Non que nos papiers ne soient en règle ; mais nous croisons une famille sud-coréenne, qui se rend dans le même endroit que nous (ça ne se dit pas ici) et n'avait pas pensé qu'il fallait autant de formalité. Un militaire francophone nous donne un sérieux coup de main. Nous sommes en Alep dans la soirée. La Syrie est l'occasion de découvrir le concept de quartier chrétien... Déjà en Turquie, nous avions compris que les différents rites ont peu d'importance pour les chrétiens ici. A présent, nous sommes étourdis par le nombre d'églises qui existent : catholique latine, catholique grecque, grecque orthodoxe, syriaque, églises arméniennes... j'en passe.
Mentalité conciliante
La religion est affaire de famille, de baptême pourrait on dire : les gens sont baptisés dans une église. Dès lors, ils se réclament de celle-ci, ce qui ne les empêche nullement de fréquenter une autre paroisse ! L'œcuménisme idéalisé dont nous parlons en France les fait doucement rigoler. Ils se connaissent tous entre eux, ils se reconnaissent aussi... Les femmes ne sont pas voilées, les rétroviseurs se chargent de chapelets chrétiens.
Les chrétiens se sentent protégés en Syrie par le gouvernement et par une mentalité conciliante*. Nous sommes loin de l'Irak qui est juste à côté. Dans la voiture, la plaisanterie consiste à s'exclamer en toute innocence : « Eh, mais c'était à gauche pour Bagdad ! » On peut difficilement trouver un peuple aussi hospitalier. Nous avons vite compris les mots principaux de la langue : bonjour, qui se dit welcome, vous prendrez bien un thé ? Qui se dit welcome ; Merci d'être venu, welcome ; au-revoir, aussi welcome...
Nous avons atteint le désert en fin de semaine. Le vent y accueille le pèlerin, le poussant vers les montagnes où les monastères perpétuent une tradition millénaire. Les musulmans s'y rendent également souvent, fascinés par la vie monastique, et ces gens qui donnent toute leur vie à la prière. Nous avons le sentiment d'être aux portes de Jérusalem.
Articles publiés dans Croix du Nord du 31 au 6 août 2009
* Nous recueillerons des témoignages différents durant les jours suivants
Au compteur de la 305 break
A mi-chemin
Au total, nous avons fait 5 700 km. La moitié normalement de notre trajet. La voiture peine un peu, et nous entendons depuis deux jours un curieux bruit dans le moteur ; sans doute la courroie de l'alternateur qu'il faut changer. Heureusement, nous en avons prévu une de rechange.
Le bon plan
Le resto gratis
Comment se faire inviter à déjeuner dans un bon restaurant ? Garez la voiture dans le quartier chrétien, en général plus chic que les autres. Prenez l'air égaré du touriste perdu. Laissez vous aborder par la première âme serviable qui propose son aide ; indiquez-lui que vous cherchez un restaurant bon marché ouvert un vendredi, jour férié en Syrie. Laissez-vous guider... Vous vous retrouverez ainsi dans le restaurant du copain, que l'on ouvre pour vous, et où l'on apporte à votre table, sans que vous n'ayez rien commandé, une ribambelle d'assiettes chargées de mets typiquement arabes... « All this table for free... for Welcome ! »
La galère de la semaine
Trous et dos d'âne
Il est rigoureusement impossible d'écrire son journal dans la voiture depuis que nous avons passé la frontière. Les rafales de vent nous bousculent dans un sens, malgré les arbres, tous penchés, qui bordent les voies routières. Le conducteur, malgré cela, s'efforce d'éviter les trous et les dos d'ânes non signalés. Ajoutons à cela les dépassements intempestifs, par la gauche ou par la droite, à trois voitures sur une double voies... La conduite syrienne est pire encore que la conduite turque, du fait des difficultés du terrain.
14:00 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.11.2009
L'entretien : Pauline, syrienne francophone
« Il n'y a pas de problème ici »
En quittant la paroisse catholique d'Alep, une femme nous interpelle en français à son balcon : Pauline, doyenne de la paroisse, n'a pas toujours vécu ici : avant, elle habitait la rue voisine.
Pourquoi parlez-vous aussi bien français ?
Je suis allée à l'école des sœurs franciscaines, qui étaient Françaises. A l'époque, la Syrie était sous protectorat français. Mais je ne suis pas d'origine syrienne : je suis arménienne adoptée. J'ai perdu mon père à un an, et mon oncle a demandé à ma mère de me confier à l'adoption.
Donc, vous avez atterri dans une famille syrienne...
Mais non, Chambert, ce n'est pas syrien ! C'était une famille française installée à Alep sans doute au moment des croisades. Je ne suis allée en France pour la première fois qu'en 1966. Mais vous êtes chrétiens ? Je croyais que les jeunes n'étaient plus du tout croyants en France...
Ici, dans le quartier, tout le monde à l'air de se connaître...
Mais oui, tout le monde se connaît ! Ici c'est le quartier chrétien, d'ailleurs, pourquoi êtes-vous habillées en long ? Les musulmans ne sont pas choqués quand les chrétiens s'habillent différemment. C'est normal, il n'y a pas de problème ici*. D'ailleurs, au moment des grandes fêtes, les musulmans viennent voir les processions. Il y a de plus en plus de musulmans qui viennent dans ce quartier aussi, ils sont prêts à payer très chers pour avoir leur boutique.
* Nous recevrons des retours différents dans les jours suivants
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16.11.2009
Voyage Un pèlerinage vers Jérusalem en 305 break... (4)
La route sans fin... quand le temps n'existe plus !
Nous sommes pris dans une machine à remonter le temps. Le catholicisme triomphant de Saint Pierre de Rome est loin. Déjà loin sont aussi les monastères grecs de Meteora. Nous marchons sur les pas de Saint Paul, de Marie, des premiers chrétiens. Nous commençons à perdre toute notion du temps.
En une semaine, le décor a bien changé. Nous avons rencontré en Grèce un paysage aride, parsemé de plantation d'oliviers... Après un bref passage à Istanbul, nous retrouvons ces collines brûlées par le soleil. Le bleu vert indéfinissable des oliviers ne nous quitte plus, alors que nous descendons vers Ephèse, ville où Marie vécut ses derniers jours. Les turcs sont accueillants, chaleureux, mais nous sentons à présent fortement le changement de civilisation. Au moment de la consécration, l'appel du muezzin s'élève au dehors... La présence chrétienne est visible, mais minoritaire. Les églises sont toujours entourées de murs, de grillages, et sont souvent fermées... Quel dommage, elles sont si belles ici ! Le XIXe siècle et son austérité ne sont jamais venu retirer les peintures qui ornaient les murs des chapelles de France autrefois. Ici,tout est enluminé, peint de faux marbres et de trompes-l'œil, de couleurs chatoyantes... A Sainte Sophie, difficile de savoir quelle culture a dépeint sur l'autre. Curieux de savoir que cet édifice, construit au VIe siècle, a inspiré la construction de nos cathédrales !
A Istanbul, nous faisons des rencontres : chez les dominicains, deux autres aventuriers, Gabriel et Pierre-Yves, dont le premier continue avec sa Dyane jusqu'en Sibérie. A Bromonti, un quartier d'Istanbul, nous sommes accueilli par les petites sœurs des pauvres, qui y tiennent une maison de retraite. Ici, tout est ordre et beauté, disait le poète... La maison accueille beaucoup de Levantins, c'est à dire des européens, grecs, italiens, roumains... qui se sont installés en Turquie et n'en sont jamais revenus. On parle un peu français dans les couloirs, on nous salue avec plaisir dans la langue de Molière. Les quelques sœurs, tout en blanc, nous traitent comme des hôtes de marque. Nous en sommes un peu confus ! Serge, un résident de 87 ans, nous fait visiter « sa » maison. « Ici tout ceux qui peuvent ont un rôle. Moi, je tiens l'accueil le vendredi... » explique t-il. Même dérisoire, ce rôle est une façon de se sentir encore plus chez eux dans cette auberge espagnole pour personnes âgées. Nous y sommes si bien que nous peinons à repartir... Mais la route nous attend ! Nous emportons les intentions de prières de la maison en descendant vers le sud. Le paysage est devenu plus aride encore.
Les oliviers et les abricotiers s'espacent. Les collines sont aussi plus escarpées. A la maison de Marie à Ephèse, les guêpes assaillent les pèlerins de toutes origines. Nous sommes marqués par l'humilité du lieu : une simple chapelle en pierre dans le silence de la montagne. L'eau de la source est fraiche. Du paysage alentour, rien n'a du beaucoup changer en 2000 ans. Y avait-il déjà des guêpes, quand elle venait chercher l'eau à la source ? J'aime à penser que oui...
Le bon plan
Crevaison
Crever un pneu sur la voie rapide à 20 km de Denizli et à 100 m d'une station essence... On a du mal à le croire mais c'est effectivement un bon plan ! Une fois la roue changée (en un quart d'heure, peut faire mieux), nous allons rencontrer le vendeur de pneus pour vérifier la pression, que la chaleur a du modifier, et acheter une nouvelle roue, histoire d'en avoir toujours deux en réserve. En 10 mn et 25 TL (Lires Turques) voilà chose faite... Juste le temps qu'il fallait à la femme du vendeur pour nous préparer le thé et les cerises ! Nous nous y attardons une demi heure au final, partageons speculos et prunes et prenons une photo pour marquer l'aventure !
La galère de la semaine
Circuler à Istanbul...
Quelques règles simples de circulation : un feu ici ne se grille pas, en raison de la potentielle présence de radar. Il a fallu s'habituer, après la Grèce... Ensuite, au volant, on s'occupe de ce qui se passe devant. Derrière, c'est le problème des autres. Vous voulez aller à droite ? Imposez vous, ou c'est peine perdue. Le bus est toujours prioritaire. Le piéton n'est jamais prioritaire. D'autre part, l'usage du klaxon est conseillé. Il est possible de voir quelqu'un faire demi tour sur l'autoroute, mais l'action est fortement déconseillée pour qui n'a pas des nerfs d'acier. Enfin, attention : certaines voies rapides ne mènent nulle part. Si vous ne voyez personne dessus, méfiez-vous ! Soyons honnête : sortis de leur voiture, les Turcs sont aussi hospitalier qu'ils sont mauvais conducteurs, ce qui n'est pas peu dire !
Au compteur de la 305 break
A point
En dix jours, Grèce et Turquie ont défilée sous nos roues. Nous arrivons en Grèce dimanche 12 juillet au matin, et quittons la Turquie le 21 au soir. Au total, près de 2500 km. Les deux conducteurs (j'ai échoué à obtenir le permis deux mois avant le départ) se relaient souvent, et dorment à l'arrière à tour de rôle, à l'abri du pare soleil. Cuisson des voyageurs : à point. Un bon 35°C à 10 h.
Articles publiés dans Croix du Nord du 10 au 16 juillet 2009
08:05 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




