08.12.2009

La bande-annonce du docu sur le voyage

Ceci est une proposition qui reste à valider... La sortie du docu, dont la première devrait bien se dérouler à Lille, est prévue pour le 27 janvier. A caractère familial, amical et paroissial !

30.11.2009

Voyage Un pèlerinage vers Jérusalem en 305 break... (inédit n°2)

1_9_2009_jerusalem_cartes_passeports.jpgLe retour en France, la plus grosse étape du voyage !

Nous sommes fatigués. Fatigués de conduire, fatigués de dormir à la dure, chaque soir dans un endroit différent. Le chemin du retour est long... Mais jamais ennuyeux !
Nous ne prenons pas les mêmes chemins qu'à l'aller. Explorant cette fois – rapidement – l'Europe balkanique, qui vient juste de rentrer dans l'Union, nous nous sentons toujours loin de la France. Même si revoir des forêts verdoyantes a été un vrai plaisir pour les yeux, même si la première pluie du voyage, en Bulgarie, était un étonnement renouvelé... La Turquie, où nous rencontrons de vieux amis de Pauline, a été une bonne transition vers ces montagnes qui bordent la Mer Noire. Nous avons découvert cette fois le côté asiatique d'Istanbul. Quel plaisir de ne pas croiser un touriste à chaque croisement de rue ! Les européens qui viennent de ce côté sont déjà des gens qui « connaissent ». Qui savent qu'ici on peut boire un thé en regardant la mer, manger un pide dans une rue piétonne, loin de Sainte Sophie et de la Mosquée Bleue... Un somme dans les montagnes juste avant les frontières, et nous trouvons la Mer Noire, noyée dans les brumes, le lendemain matin. Nous aurons vu sept mers pendant ce voyage : la Méditerranée, l'Adriatique, la Mer de Marmara, la Mer Rouge, la Mer Morte, la Mer de Galilée, et la Mer Noire. Nous remontons maintenant vers l'Allemagne par les petites routes de Bulgarie, de Roumanie, de Hongrie et d'Autriche – pour éviter de payer l'autoroute. Nous croisons des charrettes tirées par des chevaux, des troupeaux de chèvres et de moutons, des camions bulgares en Roumanie qui transportent des voitures néerlandaises – c'est l'Europe, que voulez-vous ! Nous avons enfin fait le tracé de la route sur la carte qui orne notre capot, en Turquie. Maintenant, nous pouvons dire sans crainte de souci diplomatique que nous avons été à Jérusalem ! Ce petit sentiment de satisfaction nous paye bien de toute notre peine. Shéhérazade, la voiture, roule bien, mis à part quelques petits essoufflements dans les montées qui ne sont pas nouveaux. Nous franchissons le Danube, bientôt, ce sera le Rhin.
Nos passeports ont "la classe", comme on dit... Couverts de tampons et de visa. Nos poches tintent des monnaies étrangères ramenées en souvenirs. Les cartes, pourtant entoilées, témoignent des longues heures de route. Elle sont plus lourdes de la poussière du désert et de notre transpiration. Nous avons tous perdus quelques kilos dans l'aventure. Nous serons à Chartres le six septembre, pour la messe de 11 h. Finir ce pèlerinage dans cette cathédrale symbolique était un moyen de ne pas revenir à notre point de départ. Il ne s'agit pas d'un retour. D'ailleurs, il n'y a pas de retour possible. Il s'agit d'une lancée au contraire, vers ce qui nous attend au-delà. Mais il est encore tôt. Beaucoup trop tôt... Pour en tirer les véritables leçons.

retour.jpgAu compteur de la 305 break
16 000 km
A l'heure où nous vous écrivons, de Bucarest, nous avons fait 13 000 km. Nous aurons fait environ 16 000 à Chartres, à l'arrivée. Nous avons fait 20 pleins, bu 50 litres de coca cola, de quoi remplir le lac de Tibériade en eau – du moins est-ce l'impression que nous en avons. Le moteur a digéré une dizaine de litres d'huile... Et nous vous avons envoyé neuf articles pendant cet été dont huit publiés !

La galère de la semaine
La pluie !
Il a plu ! Vous me direz, tant mieux, ça ne fait pas de mal après le désert... Mais justement, Shéhérazade était couverte de sable jordanien dans le plus pur style baroudeur, et nous avions inscrit sur la vitre arrière un tissu d'ânerie du plus bel effet. Tant pis. D'autre part, notre tente a rendu l'âme récemment... Ce qui nous oblige à dormir à trois dans la voiture, situation inconfortable au possible... La nuit dernière, Damien a tout de même réussi à la coincer assez bien pour qu'elle tienne. Et enfin, dernier désagrément : Pensez-vous que nous avions emporté des vêtements de pluie ? Que nenni ! Alors nous sommes mouillés...

Le bon plan
Le temps des rencontres
Prenez le temps de voyager, pour avoir le temps de faire des rencontres ! Nous laissons derrière nous un chapelet d'amis chers qu'ils nous a été difficile de quitter. Sœur Dominique à Rome, Serge, Sophie dans leur maison de retraite à Istanbul ; Pauline, doyenne de sa paroisse à Alep, les gens de Soufanieh à Damas, Yori, ses trois gosses et sa femme en Israël, les enfants de l'orphelinat de Bethléem, Soeur Rachidé, Soeur Maya et les jeunes libanais, Axel et Ulug à Istanbul au retour... Nous en oublions tant ! Et tout ces français qui baroudent de par le monde et nous ont ouvert d'autres horizons.

 

Ces articles n'ont pas été publiés pour des raisons de timing. Ils devaient permettre de dépanner la Rédaction si les voyageurs s'étaient trouvés dans l'impossibilité de transmettre leurs nouvelles hebdomadaires.

Celui-ci n'ayant que fort peu de chance d'être jamais publié, nous nous sommes autorisés un ton plus léger...

29.11.2009

L'entretien : une remise en forme bien méritée

sheherazade.jpgShéhérazade est notre voiture. Nous avions précisé qu'elle avait 23 ans. Maintenant, avec 228 365 km au compteur, elle s'exprime sur les traitements que nous lui avons imposés.

  • Shéhérazade, vous êtes partis avec trois jeunes en pèlerinage à Jérusalem... La route a été dure ?

  • Plus dure que pour eux, oui ! Ils auraient pu y aller à pieds, comme beaucoup d'autres dingos... Mais je ne me plains pas ; nous avons bien rigolé.

  • Même dans les montées ?

  • Ne m'en parlez pas ! Ils ont été assez aimables pour me ménager... Heureusement, parce que sans moi ils se sentaient bien seuls. Je me rappelle qu'ils ne faisaient pas les fiers, quand ils ont du me laisser à la frontière libanaise...

  • Eh oui ! Tout ça parce que vous carburez au diesel !

  • Le diesel, c'est tout de même bien pratique. Ça consomme deux fois moins et mon moteur chauffe aussi deux fois moins que sur une essence. Tant mieux, parce que j'étais chargée au retour ! En revanche, je n'ai pas trop aimé le diesel mal raffiné de Syrie. Ça me fait fumer et ça me fend le cœur de polluer autant...

  • Alors, vous repartiriez volontiers ?

  • Euh... Je crois que j'ai tout de même méritée une remise en forme !

 

Cet entretien n'a pas été publié pour des raisons de timing. Il devait permettre de dépanner la Rédaction si les voyageurs s'étaient trouvés dans l'impossibilité de transmettre leurs nouvelles hebdomadaires.

28.11.2009

Voyage Un pèlerinage vers Jérusalem en 305 break... (inédit n°1)

Le Liban, contre vents et marées : une résistance millénaire...

vallée_sainte.jpgDans ces mêmes montagnes que nous parcourons à pieds aujourd'hui, les chrétiens maronites ont patienté plusieurs centaines d'années, que l'on compte en millénaire. Les mamelouks venus d'Égypte, puis les Ottomans ont chassés les chrétiens vers les vallées...
Mais les chrétiens étaient déjà là avant le baptême de Clovis, ils étaient là aux croisades, ils seront là encore après nous. « Les chrétiens d'Orient, c'est un mélange d'espoir et de désespoir, explique soeur Maya, des Saints Cœurs. C'est le blé qui tombe en terre pour donner du fruit... Ils ont toujours payés pour tout le monde ; pour les croisades, quand sont partis les Francs, pour le Hezbollah... » Éternels boucs émissaires, les chrétiens du Liban ? Le pays est une mosaïque constellées de tendances chrétiennes, musulmanes et surtout, politiques ; il devient difficile de faire la part des choses. De ce côté de la vallée, c'est Geagea, de l'autre, Aoun. A notre arrivée, nous sommes surpris à la vue des boites bleues aux mains jaunes qui recueillent des dons : « Je voyais les mêmes en Iran, ça doit donc être le Hezbollah », indique Pauline. Le Hezbollah, nous en avons un rapide aperçu lorsque trois 4x4 noirs sans immatriculation nous dépassent, sirènes hurlantes et kalachnikov aux fenêtres. « Ils ont tous les droits. La plaie de ce pays », nous indique un anonyme. Les libanais n'en aiment pas pour autant Israël, toujours dans l'inquiétude de la guerre, de l'invasion, de leur disparition.
vue_beyrouth.jpgCe sera notre seule image de la guerre ; nous ne descendons pas dans le sud, n'ayant qu'une semaine pour voir l'ensemble du pays. Damien retrouve à Jounié une amie de fac, d'origine vaguement libanaise. Nous dormons chez des amis d'amis d'amis... puis retrouvons sœur Rachidé, une vieille amie de mon parrain, grand voyageur sous l'éternel. Elle nous montre les Cèdres, célèbre plantation du non moins célèbre arbre, dont il ne reste malheureusement plus que quelques specimens. Il faut 500 ans pour faire un cèdre digne de ce nom ; il faut cinq minutes, avec une tronçonneuse, pour le défaire. Nous savourons l'air de la montagne, l'odeur des sapins, la nourriture libanaise...

groupe_mission.JPGMission
Soeur Rachidé, avec sa congrégation, anime une mission de jeunes. Ils ont entre 16 et 26 ans, et s'engagent pendant deux semaines au service de la chrétienté. Dans un village, chaque année différent, la cinquantaine de jeunes gens vivent en communauté, suivant une formation spirituelle, humaine et éducative. Enseignement le matin, catéchisme et jeux avec les enfants du village l'après-midi. Nous sommes surpris de constater avec quel sérieux ces jeunes envisagent leur foi. Une foi vivante, enracinée dans les montagnes, qui poussent les jeunes à se faire missionnaires... Dans les villages visités, ils attirent les enfants par leurs jeux et leurs chants. « Je vous admire pour le travail effectué. Ce que vous avez planté, c'est un grain de blé qui, soyez en certains, donnera du fruit », assure Hyam Abou-Jaoudi, la directrice du collège des sœurs des Saints Cœurs Kfarhbab.
Et en voyant la joie des enfants, une joie qui transcende le simple plaisir d'être ensemble, on a envie de leur dire : « Apprenez-nous à agir en missionnaire chez nous, venez nous évangéliser en France... Nous aurions tant besoin de gens comme vous ».

carte_liban.jpgLa galère
Diesel interdit !
Nous l'avons eu, la galère du voyage ! Sur le coup, nous avons d'ailleurs cru à une plaisanterie ; mais les militaires étaient formels, au poste de frontière libanais : les voitures de tourisme diesel ne sont pas autorisées à circuler au Liban. Il nous a fallu quelques heures pour digérer la nouvelle... Pas de voiture, cela signifie pas de toit pour dormir si on ne trouve pas d'hôtel, l'obligation de porter nos bagages, et bien sur plus de moyen de transport... Pourtant, pas question de renoncer au Liban ! Nous décidons d'y aller quand même, après avoir laissé notre quatrième compagnon de voyage dans un parking fermé à clé et réservé au personnel de la frontière.

Au compteur de la 305 break
Dénivelé

Difficile à décompter notre kilométrage, puisque nous n'avons plus de voiture. En revanche, nous pouvons facilement décompter les dénivelés... Le Liban se jette à la mer du haut de montagnes de 3000 mètres, où l'on trouve les neiges éternelles et les stations de ski les plus importantes du Moyen Orient. En une heure de temps, nous passons du niveau de la mer à 2000 mètres ! Attention aux oreilles ! Nous perdons par la même occasion une dizaine de degrés, voire plus la nuit, ce qui n'est pas désagréable...

Le bon plan
Lapin providentiel
La Providence nous aurait-elle posé un lapin en arrivant au Liban ? Quand il y a une galère quelque part, nous trouvons toujours une solution ailleurs ! Celle-ci s'appelle autostop, ou simplement coup de chance. Dès la perte de notre véhicule, nous trouvons quelqu'un pour nous amener où nous le souhaitons... Les trajets prennent plus de temps ; mais ils deviennent vite des occasions de rencontres avec les libanais. Considérons donc que la Providence nous a fait une petite blague...

 

Ces articles n'ont pas été publiés pour des raisons de timing. Ils devaient permettre de dépanner la Rédaction si les voyageurs s'étaient trouvés dans l'impossibilité de transmettre leurs nouvelles hebdomadaires.

27.11.2009

L'entretien : une missionnaire de 20 ans

rencontre_lydia_karam.jpgLydia Karam est de Beyrouth. A bientôt 20 ans, elle entre en troisième année de médecine, et participe cet été encore à la Mission des Sœurs des Saints Cœurs. Elle parle français, bien sûr. Nous discutons après le déjeuner.

  • Depuis combien d'année participes-tu à la Mission ?

  • Cela fait la cinquième année... Mais en 2006, la session a été annulée à cause de la guerre [avec Israël]. J'ai décidé de participer à la Mission en classe de seconde, quand des anciens sont venus témoigner de leur action. J'ai toujours été attirée par l'engagement religieux ou humanitaire, c'est aussi pour cette raison que je fais médecine !

  • Qu'est ce qui te plait, dans la Mission ?

  • C'est à la fois l'occasion de recevoir et de donner... Ce qui est très enrichissant. Nous travaillons avec des enfants, à qui nous faisons une séance de catéchisme adaptée à chaque âge. Cela demande de savoir animer un groupe, intéresser des enfants... avec des jeux, des chants, des danses... D'un autre côté, nous apprenons à gérer un groupe. Par exemple, l'autre jour, nous avons appris à placer notre voix. Nous apprenons aussi à grandir dans la foi et à la transmettre.

  • C'est important, de transmettre la foi au Liban ?

  • Pas seulement au Liban ! Partout dans le monde, c'est la même chose ; les jeunes s'attachent aux choses superficielles. Ici, nous avons de 16 à 26 ans, ce qui permet aux plus âgés de donner l'exemple aux plus jeunes. Leur apprendre par exemple à se détacher du monde extérieur pour se mettre en relation avec Dieu, pour mieux donner.

  • Quelque chose a changé dans ta vie, depuis que tu es missionnaire ?

  • Oui, bien sûr ! J'ai grandi en plusieurs choses, car la mission ne s'arrête pas à la fin des 15 jours... On passe notre vie à essayer d'atteindre un but, le travail ne cesse de continuer. La mission, c'est être missionnaire, et c'est une façon d'être tout les jours...

 

Cet entretien n'a pas été publié pour des raisons de timing. Il devait permettre de dépanner la Rédaction si les voyageurs s'étaient trouvés dans l'impossibilité de transmettre leurs nouvelles hebdomadaires.

26.11.2009

Voyage Un pèlerinage vers Jérusalem en 305 break... (8)

Deux semaines de « non existence » officielle

12_08_vue_jerusalem.jpgQuand j'étais plus jeune encore, aux scouts, il y avait une chanson qui disait : « je peux faire de la voile sans vent, je peux ramer sans rame, mais ne peux quitter mon ami sans verser une larme »...
Il a bien fallu quitter Jérusalem, quitter Israël, quitter les amis que nous nous y étions fait. C'est sans doute une des séparations les plus difficiles du voyage ; en moins de deux, grâce à notre ami Yori, nous étions comme chez nous. Les derniers jours se tirent. A Tiberias grâce à une invitation sur une plage privée, nous rencontrons des juifs traditionnels, qui grattent la guitare entre leur femme et leurs gosses en regardant le soleil rougir les eaux. Au Mont des Béatitudes, nous avons une messe en italien (pour changer); le prêtre nous fait traduire son homélie au fur et à mesure par un membre du groupe. Puis retour en Jordanie pour un transit vers la Syrie. Les tampons de sortie sur une feuille volante, planqués dans la voiture, la cagette écrite en hébreu envoyée à la poubelle, nous passons la frontière pour un séjour provisoire. Il s'agit essentiellement de saluer nos amis de Soufanieh, à qui nous rapportons des chapelets venus de là où ils n'iront peut-être jamais, d'acheter des narguilés, et... de continuer vers le Liban, la dernière grosse étape du voyage !

18_08_yori.jpgNous sommes un peu inquiets, depuis quelques jours, de la situation géopolitique actuelle. Nous savions avant de partir qu'il est impossible d'entrer en Syrie ou au Liban avec un signe faisant référence à Israël, qui n'est même pas officiellement reconnu dans ces pays. Vers Israël par voie terrestre, la seule frontière que nous pouvons franchir en voiture privée est au sud du lac de Tibériade, dans la vallée du Jourdain, entre la Jordanie et Israël. Les tampons de sortie de Jordanie l'indiquent d'ailleurs : « J. Valley crossing point ». Il s'agit de la seule preuve visible, sur nos passeports, que nous sommes passés de l'autre côté. Bien sûr, nous n'allons pas nous en vanter... Nous apprenons que le Hezbollah est récemment entré au gouvernement libanais, malgré les mises en garde d'Israël. Et pour arranger le tout, un jeune soldat israélien a été enlevé dans la région cette semaine, escarmouche supplémentaire d'une guerre qui ne dit pas son nom et où les protagonistes ne sont pas forcément identifiés.
Pour cette raison, nous n'avons pas dessiné les frontières et notre itinéraire sur le capot de la voiture. Il est un peu frustrant, pour tout avouer, de ne pas pouvoir dire que nous venons de Jérusalem. Du moins, pas avant la Turquie ! Il est d'autant plus difficile de se taire que la situation aux frontières est relativement tranquille. Les menaces de gaffes s'accumulent en deux jours : Damien demande les prix en sheckels, la monnaie israélienne, j'ai une chanson en hébreu dans la tête « Evenou shalom alerem », et à la question « vous êtes passés par quels pays ? » la réponse de Pauline fuse : « Turquie, Syrie, Jordanie, euh... Jordanie, Syrie... » Officiellement, nous avons disparu de la surface de la planète pendant deux semaines.

Au compteur de la 305 Break
18_08_trajet.jpgReste le retour
Avec 10 119 km, il ne nous reste plus que 675 euros. Ça y'est, nous avons atteint notre quota de kilomètres, et bientôt de monnaie... Et il reste pourtant tout le retour ! La mention sur nos cahiers de préparation « Israël : 450 km » nous fait doucement rigoler. Dans ce si petit pays, nous avons fait plus de 2000 km. La faute au mur certainement...

Le bon plan
Dialoguer patiemment
Une méthode infaillible pour le dialogue interreligieux : prenez deux ou trois cathos armés d'un Nouveau Testament ; mettez-les à minuit sur la route d'un juif, de sa Torah et de ses lunettes de vue qui ne tiennent plus qu'à une branche. Ajoutez quelques litres de sueur, un mois de crasse et une bonne dose de fatigue d'une part, une hospitalité sans faille de l'autre ; de la curiosité des deux côtés, trois gosses adorables qui n'attendent que des babysitters mode touriste pour rigoler, une nuit sur la plage de Tibériade et quelques hamburgers casher... La dernière condition explique sans doute la moitié des conflits religieux de la planète : pour dialoguer, il faut être prêt à passer ses nuits, pas une, ni deux, mais toutes celles où l'on se retrouve, à parler théologie...

La galère de la semaine
Comme les autochtones
Précédemment, nous annoncions avoir choisi le bus pour passer le mur. Le lendemain, sur un coup de tête, nous avons décidé d'aller voir le monastère orthodoxe Saint George près de Jéricho, et d'y aller en voiture. Or, Jéricho est dans les territoires palestiniens. Pas de problème à l'aller... Nous déjeunons en ville puis décidons de remonter au nord pour retrouver notre ami qui nous attend pour aller à Tiberias. Au final, nous avons cherché un check point ouvert pendant 4 h, partageant ainsi la galère quotidienne des autochtones.

Articles publiés dans Croix du Nord du 28 août au 3 septembre 2009

25.11.2009

L'entretien : « Il y a des conversions »

17_08_pere_yacoub.jpgNous coinçons le Père Yacoub Hijazin dans sa paroisse Saint Joseph d'Amman juste avant de retourner en Syrie.

  • Père Yacoub, quand avez-vous pensé être prêtre ?

  • Je suis d'une famille catholique latine... C'est d'abord l'habit de mon curé qui m'a fasciné. J'étais tout petit, à l'école, et je voulais le même ! Ça avait l'air prestigieux à l'époque !

  • Il y a beaucoup de chrétiens ici ?

  • Quelques uns... Mais ce sont surtout des syriens, des irakiens réfugiés ou des étrangers venus travailler. Dans ma paroisse il y a beaucoup de femmes asiatiques qui travaillent à Amman. Et puis quelques jordaniens... Mais pas beaucoup, peut-être 2%, c'est tout.

  • Les chrétiens sont bien vu ici ?

  • Oui, plutôt ! Il y a toujours des proches conseillers du Roi qui sont chrétiens, et ses enfants sont dans une école chrétienne aussi, la meilleure du pays ! Ici l'État fait confiance aux chrétiens. Mon neveu qui est dans l'armée, on l'a nommé responsable de la formation des femmes, parce qu'on pense qu'avec un chrétien ça ne pose pas de problème...

  • Et si les gens se convertissent ?

  • Il y a des conversions. Mais les gens restent discrets, pour éviter d'avoir à changer de passeport et tout... Ça créé des situations assez compliquées quand même.

24.11.2009

Voyage Un pèlerinage vers Jérusalem en 305 break... (7)

Debout resplendis, car voici la lumière ! Nous voici au sommet...

08_08_chemien_de_croix.JPG« Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! Jérusalem, te voici dans tes murs, ville où tout ensemble ne fait qu'un ! » Ainsi le psaume 121 salue-t-il la ville, que nous avons découverte le 6 août au soir.
Surprise ; avant la ville, le désert laisse progressivement place à des forêts de sapins, alors que nous montons dans les embouteillages vers Sion. Une ville de plus de trois millénaires, cité de David, tombeau du Christ, citadelle de Godefroy de Bouillon et maintenant, fourmilière des populations du monde entier, qui vendent, qui achètent, qui prient, qui guerroient, qui marchent ou qui admirent... Paix oblige, l'été venu, Jérusalem est un festival de nationalité. Le premier soir, nous dînons dans un restaurant italien casher [au milieu de famille juive françaises venues en vacances]. Le lendemain, nous observons la fabrication du pain chez des boulangers du quartier arménien... Des polonais prient dans leur langue sur la Via Dolorosa, où l'on trouve le premier chemin de croix de la Chrétienté. A l'ouverture du Sabbat, les juifs dansent devant le Mur des Lamentations. Voilà que l'appel du Muezzin retentit ; ici, chacun a son heure pour exprimer sa prière. [Les franciscains, qui tiennent maintenant les lieux saints, ont fait monter en cachette un orgue majestueux au Saint Sépulcre, que l'on entend la nuit... On parle hébreu, arabe, italien, anglais, français... Derrière les murailles maintes fois détruites, maintes fois reconstruites, chaque fois agrandissant un peu la ville,] la ville respire à cent rythme différents. Quel dommage que les peuples ne puissent s'entendre !
08_08_mur_lamentations.JPGEt puis Bethléem... De l'autre côté du Mur, tout change. Dans notre bus, il n'y a quasiment que des Arabes ; [nous ne sommes pourtant pas contrôlés et fouillés avec beaucoup d'ardeur.] Seuls deux enfants, qui se sont glissés derrière des fauteuils, en sont quitte pour rentrer à pied à Bethléem. [En les voyant rire sous cape, on devine qu'ils n'en sont pas à leur coup d'essai]. Mais le mur a quand même quelque chose d'impressionnant, même en temps de paix. [Imaginez 10 à 15 mètres de parpaings. Nous avons vu une propriété coupée en deux par ce mur. Berlin ou la muraille de Chine ? De l'autre côté, des bâtiments à moitié construits ; on construit pendant la paix, en attendant que la guerre vienne tout détruire à nouveau]. Nous retrouvons quelque chose de la Syrie, de la Jordanie, avec plus de ruines et plus de tensions. « Ça a l'air calme », nous explique Sœur Sophie, qui tient une crèche dans Bethléem. Elle est d'origine libanaise, comme beaucoup des filles de la Charité ici. Ce n'est pas tous les jours facile pour elles. « Tous les 15 jours, on n'a plus d'eau. [Je n'ai pas rempli la piscine pour les enfants, parce que je dois vider les citernes pour ça, et] que se passera t-il si on nous coupe l'eau plus longtemps ? » Pour elle, la paix n'est qu'une accalmie entre deux tempêtes.
Et pourtant, il y a tant de raison de s'émerveiller ici ! A Jérusalem, la congrégation s'occupe d'enfants juifs apportés par les services sociaux ; ici, ce sont des petits palestiniens, qu'on trouve souvent abandonnés, handicapés, où dont les parents sont inaptes. Ils ont un an, et ne font pas six mois. Nous passons l'après-midi à jouer avec eux ; deux jumeaux maigres à faire peur se tiennent déjà debout et sourient sans cesse ; une petite a perdu sa mère, tuée par sa propre famille parce qu'elle était enceinte sans être mariée. Le pays est dur, l'Islam aussi est dur ; il ne faut pas se voiler la face. Mais « ce que vous faites à un de ces petits, c'est à moi que vous le faites, disait le Christ ; et ici à Bethléem, c'est encore plus fort. C'est l'enfant Jésus que nous reconnaissons dans ces bébés... » explique Sœur Sophie avec une simplicité émouvante. « Appelez le bonheur sur Jérusalem ; Paix à ceux qui t'aiment ! Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais ! » dit encore le psaume.

11_08_israel.JPGAu compteur de la 305 break
Idée loufoque
8 200 km.. encore des kilomètres en rab, suite à notre idée loufoque d'aller voir le lever du soleil à Eilat, au sud du pays, en face d'Aqaba où nous étions la semaine précédente. On nous avait dit que ça en valait le coup ; [L'anecdote de la semaine, c'est que nous nous sommes reposés 4 h dans une station service fermée à même pas 30 km de la bande de Gaza... Réveil à 23 h 30 par un contrôle de police, qui vérifie nos passeport et nous souhaite « good night » en nous laissant sur place en partant... Le camping sauvage ne pose décidément pas de problème aux israéliens !]

Le bon plan
Le bus pour franchir le mur
Passer le mur en bus... Nous y avons réfléchi ; notre voiture, avec sa plaque d'immatriculation française (notre fierté !), peut-elle franchir le mur qui sépare Israël des territoires palestiniens ? Une chose est certaine, nous serons fouillé de fond en comble. On a déjà payé à la frontière ! Et puis qui sait ce que l'on peut nous glisser sous le capot quand nous aurons le dos tourné, voiture en stationnement... Nous décidons donc de suivre les français avec lesquels nous logeons pour aller voir Bethléem, qui se trouve de l'autre côté. La situation actuelle étant relativement calme, nous passons comme une lettre à la poste.

La galère de la semaine
Fallait réserver ?
« Mais vous êtes fous de ne pas avoir réservé ! » C'est en substance ce que l'on entend chaque fois que nous débarquons dans une nouvelle maison d'accueil de pèlerins à Jérusalem. Nous avions eu l'occasion de vérifier à Nazareth que les hôtels sont chers. Trouver un minimum de confort à Jérusalem tient de l'exploit ! Nous ne demandons pourtant pas grand-chose. Mais en juillet-août, tout est plein. La faute à... la paix ; trois ans sans guerre, ici, c'est un encouragement à passer ses vacances autour des lieux saints ! Mais comme la Providence veille, nous rencontrons cinq françaises et un prêtre qui ont trouvé à se loger dans un orphelinat en vacances...

Intégralité des articles envoyés à Croix du Nord du 14 au 27 août 2009
Les phrases entre crochers ont été supprimées faute de place

23.11.2009

L'entretien « La plupart ont une famille... »

09_08_soeur_siloane.JPGSœur Siloane est fille de la Charité à Béthanie depuis 3 ans. Elle s'occupe d'enfants confiés à l'orphelinat. Cette Française de fort tempérament n'a pas sa langue dans sa poche !

  • Quels enfants accueillez-vous ici ?

  • Nous, on accueille tout le monde ; filles et garçons de tout âge. Les enfants que vous voyez là sont en vacances. Nous recevons aussi un handicapé parmi nous... Ils ont entre deux et 18 ans. Ils sont majoritairement musulmans, mais la petite avec nous, Zela, est chrétienne.

  • Ils passent toute leur vie avec vous ?

  • En général, oui. La plupart ont encore une famille, mais laquelle... Zela par exemple, son père est en prison et sa mère est prostituée. Tous les deux mois, on les ramène chez eux pour le week-end... Moi ça me fend le cœur de voir comment ils sont traités, les taloches, tout... Mais eux sont content... C'est toujours leurs parents.

  • Comment quittent-ils l'orphelinat ?

  • Pour les filles, c'est simple, hélas ! Quand elles ont autour de 14 ans, un cousin ou un oncle vient, demande à ce qu'elle soit bien habillée... et puis on vient les chercher pour les marier. Même celles dont on n'avait jamais entendu parler de la famille. Ça, c'est pour les musulmanes. Quand on peut en enregistrer comme chrétienne en les trouvant bébé, on le fait, ne serait-ce que pour leur éviter ça.

21.11.2009

Voyage Un pèlerinage vers Jérusalem en 305 break... (6)

delire_desert.JPGAventures dans le désert aux portes de la Terre Promise

Nous sommes passés ! Et nous vous écrivons de Nazareth... A l'hôtel d'Amman, un guide touristique nous avait pourtant assuré que la frontière n'était pas facile ; nous avons mis 4 h à franchir une des frontières les plus chaudes du monde.
Et pour être chaude, elle est chaude ; dans tous les sens du terme ! En descendant vers la mer Morte, la chaleur devient difficilement supportable. La veille, nous nous sommes baignés, en apesanteur dans l'eau salée, avant de voir le soleil se coucher sur Israël. Belle conclusion pour ce pays magnifique, qui aligne les splendeurs des tombeaux de Pétra, dans un décor digne d'Indiana Jones, les immensités du désert, l'accueil des Bédouins qui nous offriront un jour le thé sous leur tente... Nous faisons le désert entre 6 h 30 et 12 h. Aux check points, tous les 50 km, on nous compte pour vérifier que l'un de nous ne s'est pas perdu ; le désert ne pardonne pas. Nous longeons l'Arabie Saoudite et l'Irak. Réveil involontaire à 5 h tous les matins en entendant l'appel du muezzin... Fou rire en entendant Damien s'efforcer de parler arabe à partir du lexique du guide ! Émerveillement devant la mer Morte, que nous découvrons sur une plage gratuite mais sale, où des chutes naturelles d'eau chaudes nous rincent. Au Jourdain, où nous nous trempons les pieds dans la vase sous le regard méfiant d'un militaire jordanien armé, nous crevons de soif. De l'autre côté de cette rivière de six mètres de large, Israël.

voiture_refroidie.JPGCe dimanche 2 août, nous avons décidé de passer... Imprévoyant comme nous sommes, nous arrivons au poste frontière en milieu d'après midi. Fin de l'aventure à 21 h 30. Ayant sauté un repas, nous sommes affamés, et nous ruons sur le premier Burger King en vue ! Arrivés à Nazareth, les maisons d'accueil des pèlerins sont déjà fermées ! Les seuls hôtels qu'on nous indique nous proposent la nuit à 130 dollars pour les trois... pas de camping en vue !
Nous partons à l'aveuglette, épuisés mais heureux car nous n'avons jamais été si proche du but ; à la fatigue s'ajoute une certaine euphorie. Jusqu'à ce qu'à minuit, désespérant de trouver un lieu où dormir, même dans la voiture, nous demandions de l'aide dans une station service. On nous conseille le camping sauvage, que nous refusons, ignorant de la législation locale. Damien, épuisé, dort dans la voiture ; un gars nous prend en pitié. Motel, fermé, poste de police où il n'y a plus personne... Notre guide s'adresse au patron d'un restaurant qui ferme, et revient avec lui. « He's a friend, he speaks french... He said he can help you for this night ». Le patron s'approche : « Salut les enfants ! Ça gaze ? » Première nuit israélienne chez un juif pratiquant qui a aussi baroudé aux quatre coins du monde : nous nous sommes couchés, chacun dans un lit, à 5 h du matin. Au réveil (tardif, peut-être pour la première et dernière fois du voyage), nous recevons un conseil pour notre arrivée au but... « Je ne sais pas si ce que je vais dire peut vous aider... La montée vous fait descendre toutes vos idées préconçue... Une fois là-bas, essayez de voir Jérusalem avec le cœur, pas avec l'intellect ».

3_aout_trajet.JPGAu compteur de la 305 break
Des détours
7773 km depuis le départ ! Nous allons faire beaucoup plus que les 10 000 prévus : les détours de la route, en particulier dans les grandes villes, en sont principalement responsables. Nous avons également fait beaucoup plus de kilomètres que prévus en Jordanie, suite à notre désir de « faire du désert » et d'aller au sud, voir la ville d'Aqaba.

Le bon plan
L'eau fraîche en plein désert
Vous êtes dans une voiture sans clim, et vous voulez de l'eau fraîche en plein désert jordanien, à midi sonnante, sans glacière et sans dépenser une piastre ? Vous allez être servi ! Une vieille vache à eau, un chiffon et un bidon d'eau non potable, et c'est parti ! Vous sortez la vache à eau le long de la portière, vous la remplissez des gourdes pleines, vous couvrez d'un chiffon et vous arrosez généreusement d'eau non potable le tout et roule le carrosse ! L'effet du vent, même brûlant, sur le tissu mouillé va vous permettre de boire, en une demi heure, une eau bien fraîche !

La galère de la semaine
Un rendez-vous ?
Pour les besoins d'un documentaire à caractère familial, amical et paroissial, nous rencontrons les chrétiens d'Orient. Accueil formidable en Syrie... En Jordanie, impossible de gagner dix minutes d'entretien avec qui que ce soit ! « Do you have an appointment ? » est la réponse la plus communément entendue... Un rendez-vous ? Alors que nous ne savons même pas où nous serons le lendemain matin ? Nous avons fait chou blanc presque partout. Est-ce une différence de culture ? La place de la religion est-elle différente en Jordanie ?

Articles publiés dans Croix du Nord du 7 au 13 août 2009

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