22.05.2009
« Un dialogue à deux, sans l’Islam, irait dans une impasse »
Le Père Jacques Bernard, exégète ayant étudié entre autre à Jérusalem, livre un discours sans détour sur la question du dialogue judéo-chrétien, quelques jours après le retour du Pape de Terre Sainte.
« Je parlerais de dialogue à trois, parce que l’Islam est la troisième pousse du monothéisme fondé sur la croyance en un Dieu unique, un Dieu d’Alliance - donc de miséricorde. Retenons d’abord les progrès de ce dialogue, du fait que l’ignorance réciproque est un tout petit peu en retrait. À l’époque de Vatican II, un enthousiasme profond est né. On s’est dit “ça y’est, l’oecuménisme est arrivé !” Au bout de 20 ans d’études, je me suis rendu compte que tout est à faire. Et Benoît XVI, en bon théologien, en est conscient. Il est pour ce dialogue, mais sans naïveté, ayant lu des théologiens juifs comme Neussner (une première pour un Pape). Jean Paul II avait vécu les persécutions nazies, il avait avec les rabbins une amitié de combattant. Benoît XVI a, avec les rabbins, une amitié de penseur. Il se rend dans les synagogues et les mosquées, mais est assez bon théologien pour dire que tout commence seulement. Nous avons trois religions différentes. Pour le Judaïsme, la Torah est créée (par Dieu), préexistante à la Création. Dans l’Islam, le Coran est incréé (de nature divine), préexistant à la Création. Pour le Christianisme, le Verbe EST la personne du Christ qui “s’est fait chair et a habité parmi nous” ( J 1,14), également incréé préexistant au monde. L’Islam est donc proche du Christianisme, les deux étant hérités d’un judaïsme apocalyptique (c’est-à-dire qui est dévoilé par le Ciel, à l’inverse d’un judaïsme d’interprétation ; rien à voir avec Apocalyspe now !). Ce judaïsme a été excommunié, banni, suite aux répressions romaines en 70, car il était jugé trop révolutionnaire. Le Christ s’était naturellement placé dans la tradition apocalyptique. Voilà des débats essentiels, que 90 % des croyants ignorent. Dans ce sens, le voyage du Pape est unique, car il s’attache humblement, dans un pays où il y a 5 % de chrétiens, à rappeler l’importance de ce dialogue à trois. Le challenge de ce dialogue est d’entrer au cœur des questions théologiques. Et c’est un travail d’historien, d’exégète, mais nous aurons tous à en bénéficier. »
Entretien réalisé pour la Croix du Nord du 22 mai 2009
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16.05.2009
Réconcilier la Biomédecine et la vie, le pari de la bioéthique
Bioéthique : l’Alliance pour les droits de la vie lançait lundi à Lille sa tournée hexagonale
Pour une première, c’est un succès. La salle du Zénith de Lille est comble, les 400 sièges occupés, ainsi que les allées et le fond de la salle. Beaucoup de jeunes, d'étudiants en médecine, de professionnels de santé. "L’information est passée ! On a du refuser du monde", confie Rose, jeune médecin à Lille. Elle porte le t-shirt rouge des bénévoles de l’Alliance pour les droits de la vie (ADV), qui organise ces conférence dans dix villes française, avec l’Office chrétien des personnes handicapées, le Comité protestant pour la dignité humaine et Convergence soignants-soignés.
Ces conférences s’inscrivent en plein dans l’actualité des Etats généraux de la bioéthique. "L’objectif est de soulever trois enjeux", explique Tugdual Derville, délégué général de l’ADV. En question, l’engouement pour la recherche sur l’embryon. Après en avoir examiné les alternatives, Xavier Mirabel, président de l’ADV, constate : "il ne faut pas se bercer d’illusion. Les recherches sur l’embryon sont aussi le fruit d’une légitime curiosité de la part des chercheurs" C’est pourquoi "la protection de l’embryon humain doit être un enjeu primordial" de l'encadrement législatif.
Le deuxième grand point évoqué est celui des nouvelles techniques de procréation. Droit de l’enfant ou droit à l’enfant ? C’est plus particulièrement la question des embryons congelés qui fait débat ; quel est leur statut, alors que même les parents sont démunis ? "Il y a comme un piège derrière le concept de projet parental, qui ramène l’existence de l’enfant au regard des parents", dénonce Daniel Rivaud, pasteur et père de cinq enfants. On regrettera que les alternatives à la procréation médicalement assistée, telles que l'adoption, ne soient pas évoquées par les intervenants. Mais la question va au-delà, et interroge l’instrumentalisation du corps, même à titre gratuit, ou le fait de dresser un contrat sur un enfant, établissant entre lui et ses parents un rapport de propriété.
"Le troisième enjeu est le paradoxe de la valorisation des handicapés dans la société, à l’heure de l’enfant parfait", annonce Tugdual Derville. Témoignages de parents, mais aussi de handicapés inquiets. Les IMG visent des handicaps de moins en moins lourds, comme si la tolérance à la non conformité diminuait. "La dérive eugénique est là. Est-ce de cette société que nous voulons ?" interroge Daniel Rivaud.
Une seule chose sûre : le débat est sensible. Les témoignages sont poignants, comme si l’Homme était dépassé par la science. "Je n’ai pas envie de taper sur mes collègues. Les échographistes eux-mêmes sont pommés. Ils sont aussi démunis face au handicap que les parents", témoigne Xavier Mirabel. Loin des débats théoriques, la conférence permet de se poser les bonnes questions plus que d'y répondre.
Renseignements : www.adv.org
Publié dans la Croix du Nord, le 15 mai 2009
09:40 Publié dans Dieu, Lille | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
15.05.2009
« Les Etats généraux de la bioéthique sont une réelle opportunité »
Xavier Mirabel, cancérologue à Lille, président de l’ADV
"() Les Etats généraux de la bioéthique sont une réelle opportunité pour prendre part au débat. Il est important que le grand public s’informe. Les évêques français se sont mobilisés de manière inédite, grâce à leur site où l’on trouve des prises de position réfléchies. Il y a le livret bioéthique de la Fondation Jérôme Lejeune, des dossiers dans La Croix, sur le site de l’ADV...() Beaucoup de gens sont touchés par les questions de bioéthique, mais s’il y a un débat de qualité, on constate aussi beaucoup d’aveuglement, de tabous, notamment sur la question de l’eugénisme."
09:30 Publié dans Dieu, Lille | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.05.2009
Le Cameroun dit sa messe à Wazemme
L'église Saint Pierre/Saint Paul était aux couleurs du Cameroun dimanche 10 mai à Wazemme (Lille). Et elle était bien remplie. Une majorité de jeunes, des familles, quelques mamans d'un certain âge (et d'un âge certain). Superbe chorale, qui a interprété quelques unes des chansons les plus chantées dans les paroisses camerounaises. Si le pagne était de rigueur, on sent que la plupart des personnes on fait l'effort de s'habiller en conséquence, de manière un peu forcée à l'origine.
Xylophone, Tam-tam (sans oublier l'international orgue) ont pourtant rapidement mis tout le monde dans l'ambiance. La célébration était respectueuse et sans fioritures inutiles. Foin des farandoles, fariboles et fumisteries chères à certains cha-cha et "amis de l'Afrique". Une majorité de camerounais, et parmi les quelques Blancs présents, beaucoup d'amis du Cameroun y ayant séjourné plus ou moins longtemps. Le plaisir se lisait sur les visages.
Il s'agissait de la messe du dimanche de 11 h 45, aux horaires habituels. Un pot était proposé à la sortie.
17:35 Publié dans Cameroun, Dieu, Lille | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.04.2009
Adoramus Te !
"Adoration après la Messe". C'est mots sont parfois un prétexte à un départ précipité de l'église ! Et pourtant, ce temps de prière s'ancre dans les habitudes.
Jeudi Saint : les fêtards qui descendent le Boulevard Vauban, un brin éméchés, s’arrêtent surpris devant la pancarte qui annonce fièrement : "adoration toute la nuit dans la chapelle". Certains franchissent le pas et descendent les quelques marches qui les mènent à la veillée d’adoration. Ce jeudi soir, la chapelle de la Catho paraît soudain trop petite. Ils viennent de la Catho, mais aussi des universités d'Etat, de l’IEP, des lycées, étudiants ou engagés dans le monde professionnel, plusieurs générations se côtoient. Un piano, une guitare, une flûte traversière ; quatre prêtres donnent le sacrement de réconciliation, installés comme ils peuvent, dans la sacristie... dans la cuisine... ou dehors même ! L’adoration va se poursuivre toute la nuit, tandis que les heures s’égrènent. Aude, étudiante en pharmacie s’est relevée à trois heures pour prendre la relève. Françoise s’est installée avec son duvet. Edward, en dernière année d’HEI, est revenu de Paris où il était en stage. "C’est écrit ainsi dans la Bible : « veillez et priez ». Le Seigneur l’a demandé à ses disciples, explique t-il. L’adoration du Jeudi Saint est effectivement particulière : Nous sommes venus pour soutenir Jésus dans sa prière et son acte d’offrande, pour comprendre aussi les mystère de la Passion". L’adoration est une relation à double sens : Il a besoin de nous, nous avons besoin de Lui. "Je l’avise et il m’avise", expliquait le saint Curé d’Ars.
Une redécouverte du Christ
"Le Christ réellement présent, on ne peut pas trouver mieux. C’est Dieu ! Le seul à être digne d’adoration, explique Edward. Et ce coeur à coeur avec Lui nous aide à Le connaître et nous permet de grandir en amour". L’adoration semble répondre à une demande actuelle. En octobre 2008, les premières adorations du groupe charismatique El Granito ne rassemblaient que cinq ou six personnes, contre une vingtaine maintenant. Dans le même temps, les groupes se sont multipliés : le vendredi soir avec l’Emmanuel à Saint Sauveur, le jeudi soir au Sacré Coeur, le lundi soir à la Catho... l’adoration remporte un franc succès, en particulier auprès des jeunes. "Je crois que c’est une redécouverte dans l’Eglise, suggère Françoise, présidente de l’aumônerie de la Catho, pour expliquer ce succès. C’est un temps où nous laissons Dieu nous parler. C’est aussi une redécouverte de l’Eucharistie, de la Présence Réelle". Le Pape Jean-Paul II disait à ce sujet : "Comment ne pas ressentir le besoin renouvelé de demeurer longuement, en conversation spirituelle, en adoration silencieuse, en attitude d’amour, devant le Christ présent dans le Saint-Sacrement ?"
Ce mode de prière n’est pourtant pas facile à aborder. L’austérité du recueillement silencieux en a rebuté plus d’un. Pour accompagner ce face à face avec le Saint Sacrement, certains groupes proposent des temps de louanges, des lectures ou des méditations encadrées. Il est vrai que prier seul demande une concentration qui fait facilement défaut, au terme d’une journée de labeur ! "Je crois qu’il faut rester simple, indique Juliette juste avant l’adoration d’El Granito. Nous ne devons pas avoir peur d’arriver avec nos vies, nos tracas... Nous avons tout simplement besoin de nous retrouver plus proche de Jésus". L’adoration est finalement compatible avec de multiples façons de prier et s’adapte à notre humeur du jour ; ce qui explique sans doute son succès : certains méditeront les lectures du jour, d’autres chanteront, ou feront silence, venus, comme le professe le Père Jacques Bernard, "parce que nous aussi, comme les Saintes Femmes au matin de Pâques, nous voulons nous prosterner à Tes pieds".
Paru dans la Croix du Nord le 17/04/2009
16:00 Publié dans Dieu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.04.2009
Ressuscito !
La plus haute et la plus noble des solennités de l’année liturgique. Où toute l'histoire de l'humanité tient en une seule nuit... Et puis roulement de tambour, comme dans le film, le linceul s'effondre, aucun suspens ! L'histoire finit toujours pareil : bien. Le meilleur, c'est que cette histoire nous concerne très directement.
Merci à tout ceux qui ont permis aux Catholiques de vivre un Carême digne de ce nom : "si le monde vous déteste, sachez qu'il m'a détesté avant vous".
Des paroles à méditer. Quelques phrases du père Jacques Bernard me reviennent aussi en mémoire : "Toi aussi, Tu as quitté cette ville où l'on payait des mercenaires afin qu'ils répandent des mensonges. Tu savais qu'on ne discute pas avec les menteurs. Tu nous précède en Galilée. Alors nous aussi, à Ta suite, nous pouvons secouer la poussière de nos sandales et reprendre notre route."
Allons, un peu d'humour que diable (sic) ! Maintenant que Pâques est derrière nous, il va sans dire que les différents lynchages médiatiques attaquant l'Eglise, dont le seul but était de nous sanctifier, vont s'éteindre d'eux-mêmes. Ou pas.
Les chiens aboient...
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12.04.2009
A méditer...
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25.03.2009
Le Pape, le sida et la presse camerounaise (4/4)
Un regard sur la presse étrangère
L'affaire du préservatif va susciter une interrogation sur le traitement par les médias extérieurs au Cameroun de la venue du Pape. Les journalistes camerounais de la presse écrite privée perçoivent très vite, avec acuité, le risque de voir l'affaire du préservatif éclipser dans les médias étrangers tous les autres débats et tout autre traitement autour de la venue de Benoît XVI dans leur pays. Nous commençons d'ailleurs par un article du 19 mars paru dans le quotidien Mutations, qui prévoit les conséquences du battage médiatique. Le journaliste, Célestin Obama, s'interroge sur la pertinence d'un potentiel lynchage dans la presse camerounaise du successeur de Saint Pierre, tel qu'il l'a vu dans la presse étrangère.
Préservatif : L'Instrumentum laboris contracte le sida
La position du pape sur le préservatif ravit la vedette à l'objet de la visite papale.
"Le problème du sida ne peut pas être résolu par la distribution de préservatifs. Au contraire, leur utilisation aggrave le problème". Cette déclaration du pape Benoît XVI aux journalistes à bord de l’avion qui l’amenait à Yaoundé fait des vagues. Si bien que l'objet de son voyage du pape se trouve noyé dans les commentaires des médias surtout internationaux. Car, le sida touche particulièrement l'humanité de par le nombre de ses victimes. Tout le risque est par conséquent de ne rien retenir du passage de Benoît XVI au Cameroun.
Aucune réaction au comité national de lutte contre le sida (Cnls) dont le responsable ne "reçoit pas, même si c'est qui ", fait-on savoir au secrétariat. " Je suis très mal placé pour réagir aux propos d'un pape. Il n'y a que le ministre et le Secrétaire permanent pour le faire ", rétorque monsieur Djaou. Une source nous dirige vers la Conférence épiscopale nationale, bénéficiaire de 34 millions de fcfa pour mener la lutte contre le sida après s'être engagée à suivre le plan national de lutte qui inclue bien sûr le condom. " Je ne suis pas prête à répondre spontanément. Il faut choisir quelqu'un d'autre ", rétorque Dr Andaban, religieuse responsable de la santé à la conférence épiscopale.
Un président d'un réseau d'associations de personnes vivant avec le vih/sida a une position " partagée. Le condom a sa place pour ceux qui sont touchés. La vie serait impossible sans préservatif. Mais au niveau de la prévention, le pape a raison quelque part sur la plan purement chrétien". Le Groupe de Recherche et d'Appui en communication participative pour le Développement et le changement de comportement (Gracode) est un organisme d'appui à la lutte contre le sida. Emérant Koulou Etoa, son président et ancien chef de l'unité Communication et changement de comportement au Groupe technique provincial (Gtp) de lutte contre le sida dans le Centre pense que " la distribution du préservatif n'apporte pas le changement de comportement. Le préservatif est incontournable dans le cas de partenaires multiples et en cas de relation douteuse. Dans l'ancien message : abstinence-fidélité-condom. Le condom ne vient qu'en troisième et dernière position. La première politique du comité national de lutte contre le sida était de distribuer des préservatifs. Celle-ci a abouti à l'échec ".
Célestin Obama, Mutations, 19 Mars 2009
Voici maintenant une revue de la presse étrangère publiée dans La Nouvelle Expression, fruit du travail d'un stagiaire. Titrée « la presse mondiale s'en fait l'écho », l'article ne parle cependant que de la presse française, à travers trois titres : La Croix, Le Monde et L'Express. La première constatation vient apporter une caution à l'article présenté précédemment : les « confrères étrangers » ont surtout surfé sur la vague médiatique de « l'affaire du condom ». Dans une deuxième partie, l'auteur de l'article, Lindovi Ndjio dresse un bilan de ce que la presse française, à travers ces trois journaux, a dit et écrit d'autre sur la venue du Pape au Cameroun.
Messe pontificale : La presse mondiale s’en fait l’écho
Les confrères étrangers ont rapporté tous les étapes de la visite papale au Cameroun.
C’est la position de Benoît XVI sur le Vih sida qui n’en finit pas d’intéresser la presse internationale : “Benoît XVI renforce la position de l'Église contre le préservatif”, titre Le Monde. Selon l’envoyée spéciale du quotidien français, “acclamé par des milliers de personnes tout au long de son parcours entre l’aéroport de Yaoundé (Cameroun), où il est arrivé mardi 17 mars, et la nonciature apostolique, le pape n’a sans doute pas porté attention aux immenses panneaux publicitaires, qui, de loin en loin, vantent les mérites du préservatif dans la lutte contre le sida”.
L’Express qui trouve que “le pape conteste l’efficacité du préservatif ”, donne la parole à de nombreuses personnalités dont Alain Jupé, qui réaffirme être né dans la religion catholique, mais qui “condamne le pape”.
Prenant la défense du pape, La Croix, journal d’obédience catholique, s’en prend aux journalistes qui, selon le journal, “à bord de l’avion papal mardi 17 mars, auraient mal retranscrit ces propos, semant ainsi la perturbation dans l’opinion publique à partir de citations tronquées”.
Sur la messe dite par le Saint père au Stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé hier, Le Monde écrit que “dans son homélie, le pape a déploré ”le bouleversement de la vie traditionnelle” africaine et ”la tyrannie du matérialisme” sous l’effet de la mondialisation”. Le quotidien qui rapporte les propos du Saint père, avertit que ”l’Afrique en général et le Cameroun en particulier encourent le risque de ne pas reconnaître” Dieu, ”le véritable auteur de la vie”. Décrivant l’euphorie des croyants, Le Monde rapporte les propos d’une jeune dame qui s’exclame : “C’est l’heure de l’Afrique”.
Paul Biya
Une messe dont les confrères étrangers s’accordent sur la popularité, sous fond de polémique. “60.000 personnes à l’intérieur du stade de Yaoundé et des milliers restées en dehors”, selon La Croix, “45.000 dans les gradins plus la pelouse”, estime Le Monde qui indique que “les gradins et tribunes étaient quasiment pleins une heure avant le début de la messe pontificale et d’’autres y étaient présents depuis l’aube”. C’est “un impressionnant service d’ordre, les gradins, tribunes et pelouse étaient pleins alors que de nombreuses personnes ont dû rester à l’extérieur du stade”, signale L’Express.
Fouinant dans les coulisses, L’Express révèle que “le pape Benoît XVI a incité les évêques camerounais à se faire ”les défenseurs des droits des plus pauvres” et ”à susciter et encourager l’exercice de la charité”. Le journal annonce que le pape qui a rencontré les évêques mercredi en fin de matinée, “a balayé avec eux les spécificités de l'Église sur place : concurrence avec les ”sectes” et les mouvements ésotériques, mode de vie et formation des prêtres, liturgie... ”. Ajoutant que sur “le célibat des prêtres, qui n’est pas toujours respecté à travers l’Afrique, Benoît XVI devait rappeler que le pasteur est avant tout ”un homme de prière” et qu’il doit s’en tenir à ”ses engagements pris lors de son ordination”. Rappelant que Benoît XVI a placé son premier voyage en Afrique sous le signe de ”la foi et de la morale”
Revenant sur une crainte de récupération de l’événement par le pouvoir politique, tel que le prédisait déjà l’envoyé spécial de France 24, le reporter de Le monde rapporte que “Benoît XVI a été accueilli par le président Paul Biya, qui a trouvé dans cette visite une tribune politique opportune, s’affichant sur des portraits géants en ”parfaite communion” avec le pape”. Et le successeur de Pierre n’a pas manqué de lui rappeler en une phrase que l’Afrique souffre de manière ”disproportionnée” : et que ”Face à la souffrance ou à la violence, la pauvreté ou la faim, la corruption ou l’abus de pouvoir, un chrétien ne peut pas demeurer silencieux”.
Lindovi Ndjio (Stagiaire), La Nouvelle Expression, 20 Mars 2009
Ces interrogations sur le traitement médiatique de l'affaire du condom dans la presse étrangère, nécessitent cependant un certain recul. Deux possibilités, dont l'une éclipse rapidement l'autre. Les médias camerounais offrent toujours une couverture très complète des visites de chefs d'État ou personnalités étrangères au Cameroun. Ces visites apportent en effet, d'une part, une caution au gouvernement en place (qui en a bien besoin), et d'autre part donnent aux camerounais la confortable opinion que leur pays bénéficie d'une place importante dans le jeu international. C'est une réaction purement humaine que l'on ne remarque certainement pas qu'au Cameroun ! Mais les pays du « Tiers-monde » éprouvent parfois plus que les autres un besoin de reconnaissance qui permet d'espérer en temps voulu une aide financière ou un soutien politique. Dénigrer un de ces visiteurs influents, c'est dénigrer l'importance du pays. Cette article signé Alain Blaise Batongué semble aller dans le sens de cette première idée :
Le pape, Dieu et le Cameroun
Certains ont voulu réduire la visite du pape au Cameroun, la première en Afrique depuis son élection en avril 2005, à la polémique provoquée par ses déclarations sur l'utilisation du préservatif dans la lutte contre le Vih-Sida. Avant même que son avion n'atterrisse à Yaoundé-Nsimalen. Comme s'ils voulaient faire de ce voyage symbolique un mort-né. Mais peut-on sincèrement reprocher à un pape de l'église catholique de condamner l'utilisation du préservatif dès lors que la position originelle de Rome -régulièrement réaffirmée par Jean Paul II, le prédécesseur de Benoît XVI- est qu'on ne peut pas dissocier la sexualité de la procréation, et les relations sexuelles (appelés ici actes matrimoniaux) doivent être comprises dans le cadre d'une institution qui est le mariage et dans un lit qui est le lit conjugal ?
On peut comprendre que les enjeux commerciaux que charrie le marketing autour du préservatif, ajoutés à l'effacement et au déclin de la foi chrétienne en Occident, aient amené les médias occidentaux à imposer dans l'agenda de la visite papale cette question qui ne répond pourtant pas à une préoccupation essentielle de l'église catholique, hier comme aujourd'hui : même en considérant que le monde évolue et qu'il faut intégrer les tendances de son temps, doit-on accepter que le préservatif est plus important que la vertu de la fidélité ?
Ce débat a failli éclipser le fait que la visite du Saint Père au Cameroun, la 3e en un quart de siècle sur notre terre, est une véritable grâce. Autant on ne peut nier qu'elle était souhaitée et attendue, eu égard aux nombreux problèmes qui minent notre pays et qui avaient manifestement besoin d'un regard spécial, sans doute pour provoquer un déclic, un électrochoc pour engager une véritable réconciliation nationale et dissiper, peu à peu, les nuages qui s'amoncellent et assombrissent son avenir.
Au moment de dire au revoir à son hôte de marque, Paul Biya ne reconnaissait-il pas lui-même à l'aéroport de Yaoundé-Nsimalen : "Votre visite a été pour tous les Camerounais un grand honneur et une grande joie. Vous avez pu, j'en suis sûr, mesurer leur ferveur, leur déférence et, si j'ose dire, leur affection. Car ils savent que Vos paroles sont sincères. Qu'elles traduisent un sentiment profond d'indignation contre l'injustice, une réelle inquiétude devant la permanence des tensions, mais aussi un espoir de paix et de fraternité entre les hommes.
Elles ne pouvaient que leur aller droit au cœur. En effet, le monde tel qu'il va, ne peut que susciter la crainte de l'avenir. Les conflits ouverts ou larvés perdurent en Afrique et continuent de provoquer misère et désolation (…) Les difficultés de la vie quotidienne pourraient avoir des répercussions défavorables sur les valeurs morales qui structurent nos sociétés. Je comprends que Vous partagez ces inquiétudes. C'est pourquoi nous espérons que le deuxième Synode des Evêques pour l'Afrique les prendra en considération. Pour notre part, nous sommes certains que la Très Haute Autorité Spirituelle et Morale que Vous incarnez sera d'un grand secours pour alléger nos craintes et faire renaître l'espérance dans le cœur des Africains. " On aurait qu'il parlait davantage du Cameroun dont la situation est au bord de l'explosion.
Le pape l'a si bien compris qu'il a répondu : " La chaleur du soleil africain s'est comme reflétée dans la chaleur de l'hospitalité dont vous m'avez gratifiée (…) Je suis heureux également que les membres d'autres communautés ecclésiales chrétiennes aient pu être présents à certains de nos rassemblements, et je leur renouvelle mes souhaits respectueux, ainsi qu'à leurs responsables (…) Beaucoup de réalités dont j'ai été le témoin ici resteront profondément gravées dans ma mémoire. Au Centre Cardinal Léger, il était très émouvant de constater l'attention dont font l'objet les malades et les handicapés, qui sont parmi les membres les plus vulnérables de notre société. Cette compassion, qui est celle du Christ, est un signe assuré d'espérance pour l'avenir de l'Église et de l'Afrique. "
Même si on regrettera qu'il n'ait pas attaqué de manière frontale et directe les maux qui minent le Cameroun -et Dieu seul sait s'il les connaît- Benoît XVI a préféré les envelopper dans des généralités très africaines, comme dans un symbole : " Habitants du Cameroun, je vous exhorte à saisir l'instant que Dieu vous a donné ! Répondez à son appel à porter la réconciliation, la guérison et la paix à vos communautés et à votre société ! Travaillez à éliminer l'injustice, la pauvreté et la faim partout où vous les rencontrez ! Et que Dieu bénisse ce merveilleux pays qui est " une Afrique en miniature ", qui est une terre de promesse et une terre d'une rayonnante beauté. Que Dieu vous bénisse tous ! "
Injustices, pauvreté, faim, puis réconciliation pour la guérison et la paix. Y avait-il des mots plus significatifs pour décrire les maux du Cameroun aujourd'hui ? Si les Camerounais ont démontré, le temps de la visite papale, qu'ils pouvaient faire les choses à peu près correctement, il reste à espérer qu'on ne prendra pas ces propos et cette visite comme une simple récréation, un intermède. Les attitudes et actions politiques des prochains jours seront sans nul doute des indices pour sonder l'avenir et les réelles intentions du président de la République qui a semblé requinqué par cette visite papale. En espérant qu'il a été effectivement touché par le Saint esprit.
Par Alain B. Batongué, Mutations, 23 mars 2009
En l'occurrence, « l'affaire du condom » a peut-être au contraire permis de mettre en lumière le passage au Cameroun du Pape. Ce que peuvent décemment regretter les journalistes camerounais, ce que semble dans cet article regretter Alain Blaise Batongué, directeur de la publication du premier quotidien privé au Cameroun – ainsi que l'ensemble de la population – c'est que cette affaire a éclipsé effectivement des débats spécifiques au Cameroun, dont un traitement privilégié aurait directement permis un changement. Je pense notamment au respect des droits de l'Homme, à la liberté de la presse, ou encore aux enrichissements personnels des 'Grands' (prélats catholiques compris dans ce large lot) au dépends de leurs compatriotes... pour ne prendre que ces exemples, largement traités par la presse camerounaise privée au moment du passage du Pape.
Conclusion
Nous concluons ce chapitre par une constatation. Le traitement par la presse écrite privée camerounaise de la polémique sur l'usage du préservatif dans la lutte contre le sida, s'apparentait plus à une couverture bienveillante qu'à un lynchage médiatique tel qu'on a pu l'observer ailleurs dans le monde. Les opinions semblent d'autre part considérer les propos du Pape comme une position défendable.
Rappelons toutefois qu'il s'agit là d'articles écrits par des journalistes, dans des journaux qui entendent jouir d'une réputation de sérieux. Ces articles ne reflètent pas nécessairement l'opinion publique sur la question. Les camerounais s'informant essentiellement par la voie de la radio, laquelle est un secteur beaucoup plus « grande gueule », il serait difficile de mener une étude complète sur la réception des propos du Pape dans l'opinion publique camerounaise, dans un laps de temps aussi cours et en restant derrière son ordinateur. Pour commencer, il faudrait se rendre sur place pendant de longues semaines, afin de mener une enquête quantitative plutôt laborieuse mais certainement instructive. Ce n'est pas l'objet de ce document.
Nous relativisons donc, mais nous concluons cependant sur un point qui ne pouvait pas apparaître dans l'immédiat, à la lecture de ces textes : les articles sur la polémique ne sont pas si nombreux. Au vu de l'ensemble des sujets traités dans la presse camerounaise, au vu de la richesse des débats que la venue du Pape a remis sur le tapis, au vu enfin de la prolifération dans les médias d'articles, reportages, interviews, portraits... ayant pour cadre Benoît XVI, nous ne pouvons que constater que la presse camerounaise a accordé à « l'affaire du condom » une place bien maigre dans ces colonnes, loin du lynchage médiatique des médias français. Une place qui est proportionnelle à l'importance et la gravité accordée au sujet.
Sources
Alain Blaise Batongué : le Pape, Dieu et le Cameroun, Mutations, 23 mars 2009
Anne Bihina Perrot : La déclaration du pape nous inspire, propos recueillis par Dorine Ekwè, Mutations 20 Mars 2009
Benoît XVI : «On ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs», Librairie Editrice du Vatican, Le Jour (extraits), 18 mars 2009
Cathy Yogo : La journée du pape : Benoît XVI contre l’usage du préservatif, Le Jour, 18 mars 2009
Des évêques réagissent à la position de Benoît XVI sur l’usage du préservatif, propos recueillis par Cathy Yogo et Adrienne Engono, Le Jour, 19 mars 2009
Célestin Obama : Préservatif : L'Instrumentum laboris contracte le sida, Mutations, 19 Mars 2009
Hubert Mono Ndjana : Tout compte fait, le pape n’a pas tort, La Nouvelle Expression, 20 Mars 2009
Justin Blaise Akono : Benoît XVI : Le messager de la continuité, Mutations, 20 Mars 2009
Lindovi Ndjio (Stagiaire) : Messe pontificale : La presse mondiale s’en fait l’écho, La Nouvelle Expression, 20 Mars 2009
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24.03.2009
Le Pape, le sida et la presse camerounaise (3/4)
Deux articles maintenant dont les auteurs vont directement défendre les propos du Pape sur la lutte contre le sida. Le premier aurait certainement été censuré dans les médias français, et son auteur sacrifié au bûcher des droits de l'Homme et de la tolérance. Mono Djana, philosophe réputé au Cameroun pour ne pas avoir sa langue dans sa poche, fait preuve de son habituelle truculence.
Tout compte fait, le pape n’a pas tort
La déclaration du Très Saint Père, faite à brûle – pourpoint à son arrivée en terre Camerounaise le 17 mars 2009, quant à la distribution des préservatifs qui aggraverait le problème du Vih/Sida, a suscité un tollé de véhémentes protestations presque partout dans le monde. On peut même parler d’une indignation planétaire, d’une consternation outrée de la part des personnalités politiques de premier plan, de la gauche comme de la droite, des ONG et des médecins avec ou sans frontières. Quelque part, on l’a même taxé d’un conservatisme attardé. Eux sont donc progressistes, apôtres du condom protecteur, bouclier des preux chevaliers de la guerre internationale de libération sexuelle.
Le nihilisme de la postmodernité
Ce courant de pensée participe en effet de la négation des grandes valeurs qui sont au fondement de la civilisation judéo-chrétienne, et, corrélativement, de la promotion d’une idéologie libertaire qui piétine l’éthique traditionnelle. Si Dieu est mort, tout est permis, disait Raskolnikov. Nos bien-pensants se sont d’abord livrés à la mise à mort de Dieu pour tout se permettre. Pour écarter la norme et normaliser l’écart dans lequel ils se sont joyeusement installés. Quiconque rappelle la norme dans cette griserie anomique apparaît comme un attardé. En un certain sens, le Souverain Pontife a sonné le glas et la fin de la récréation pour rappeler aux noceurs pervers les normes de l’éthique sexuelle. Et en cela il n’avait pas tort.
Le principe éducation et responsabilité
C’est d’éthique en effet qu’il est fondamentalement question. L’humanité a besoin de femmes et d’hommes sains d’esprit et de corps, qui considèrent les organes de la procréation comme des parties sacrées du corps qui, par conséquent, méritent le plus grand respect, au lieu qu’on les prenne, comme cela se passe aujourd’hui, pour de simples machines à plaisir. L’anthropologie africaine par exemple, tout comme d’ailleurs l’anthropologie des autres traditions, s’oppose totalement à cette banalisation du sexe, qu’on oblige de revêtir toute sorte d’objets en plastique dans la perspective unique de la sensualité. Pour respecter le planning familial, nos parents, qui ne s’encombraient pas de la problématique des périodes fécondes et des périodes non-fécondes, s’abstenaient tout simplement pour un espacement des naissances raisonnable.
La doctrine du Vatican est constante sur ce point, et ce n’est pas du conservatisme. Elle consiste à éduquer les enfants à l’abstinence avant le mariage, puis à la fidélité, au lieu de se laisser emporter avec légèreté à la tentation de la facilité par une universelle distribution des préservatifs. Si je me mets par exemple à distribuer des préservatifs chaque matin à mes enfants, sous prétexte que la mode le recommande, cette extrême sollicitude ne signifierait rien d’autre que leur enseigner une licencieuse philosophie du corps : vous avez le condom, ne vous privez plus. Il ne s’agirait là, ni plus ni moins, que d’une abdication des adultes devant leurs obligations morales vis-à-vis de leur progéniture qui se voit ainsi expédiée dans les joutes de la dépravation. L’éthique chrétienne ne permet pas cette défaite de la pensée qui fait comme si la course vers le sexe était d’une fatalité inexorable, à la manière d’un fleuve qui court fatalement vers la mer. Une force qui va. Non. L’élan sexuel peut et doit se canaliser. Ce qui favorise la propagation du Sida, ce n’est pas la condamnation du préservatif, mais l’extrême licence sexuelle développée par l’idéologie libertaire.
Quand le Pape parle de l’aggravation du problème, on peut présumer par ailleurs que le fait d’empocher des milliards et des milliards de Dollars est ce qui empêche les industries des préservatifs de financer plutôt la recherche sur le Sida. Plus on privilégie le capitalisme dans ce secteur, moins on renforce la recherche, et plus le mal s’aggrave avec la conséquence de la décimation des populations vulnérables. Les campagnes surmédiatisées pour les préservatifs ne sont donc, finalement, que de l’opium pour peuples vulnérables, non sans compter que les substances dont s’enduit les petits cylindres gonflables se trouvent déjà soupçonnées de porter des germes incertains. La condamnation de la condamnation du Pape apparaît en définitive comme une forme de terrorisme idéologique qui veut étouffer toute pensée contraire.
(...)
Hubert Mono Ndjana, La Nouvelle Expression, 20 Mars 2009
Nous n'avons sélectionné de cet article uniquement ce qui concernait la déclaration du Pape. L'auteur évoque ensuite, de manière qui pourrait choquer les esprits en France, l'homosexualité. Ce n'est pas inintéressant d'un point de vue sociologique, mais hors de propos en l'occurrence. Le second article, qui donne la parole aux potentiels défenseurs du Pape, est plus consensuel à des yeux européens – ce qui n'est pas difficile. Il s'agit tout simplement de la réaction d'évêques camerounais. Ceux-ci soutiennent la position du Vatican ou condamnent la médiatisation de l'affaire, dans laquelle certains croient même reconnaître une forme de néocolonialisme (comme Jean-Marie Benoît Balla, évêque de Bafia).
Des évêques réagissent à la position de Benoît XVI sur l’usage du préservatif.
Samuel Kleda, évêque co-adjuteur de Douala : « C’est la position de l'Église »
Le Saint Père n’a que réitéré la position de l'Église. Il est impossible que nous encouragions l’utilisation du préservatif, pour lutter contre la Sida. Elle a toujours prescrit deux voies pour une lutte efficace contre cette pandémie ; l’abstinence et la fidélité. Si l’on s’abstient des rapports, on barre carrément la voie au Sida. Pour les personnes déjà infectées par le virus, la meilleure solution, c’est de s’abstenir. A ce moment-là, le couple doit vivre comme frère et sœur. On ne peut pas présenter le préservatif comme un moyen pour freiner l’évolution du sida.
Jean-Marie Benoît Balla, évêque de Bafia : « Les médias ont voulu détourner les Africains »
L’utilisation du préservatif n’a pas fait de problème ces derniers jours. Ce sont les médias qui ont voulu détourner les Africains du sens de la visite du pape au Cameroun. Au lieu de parler du message que le Saint Père a adressé à l’Afrique, ils se contentent des choses dont ils ont parlé pendant le voyage, des causeries qu’ils ont eues avec le pape dans l’avion. Nous ne sommes plus à ce stade où, à partir de l’Occident, on doit dire ce que l’Afrique doit entendre. Nous sommes assez mûrs pour savoir ce que le Saint Père a à nous dire et l’apprécier nous-mêmes. Nous refusons le néo-colonialisme.
Jérôme Owono Mimboé, évêque d’Obala : « Le préservatif, la voie ouverte au libertinage sexuel »
En diffusant une information, les médias ont un objectif. C’est indigne, la quantité de méchancetés et de faussetés que certains disent sur le pape. Mais, sur la question du préservatif, le Saint Père ne peut avoir que cette position. On peut le tuer pour ça ou faire autant avec nous, le pape ne peut pas changer d’avis. Il se base sur la morale qu’il nous enseigne et que nous partageons avec lui. Elle stipule que l’homme n’est pas libre de faire n’importe quoi. Dire aux gens d’utiliser le préservatif, c’est ouvrir la voix au libertinage sexuel, au dévergondage sexuel. La tendance moderne veut que l’homme soit libre de poser les actes qu’on veut : peut tuer ou non, faire avorter une femme ou non.
Immanuel Bushu, évêque de Buéa : « Pas de démocratie sur l’usage du préservatif »
La question de l’usage du préservatif est une question morale qu’on ne peut pas évoquer avec légèreté. Il ne peut avoir de démocratie sur l’usage du préservatif. Le pape a simplement donné la position de l’Eglise catholique qui vient de la parole de Dieu. L’Eglise catholique ne peut pas changer sa position sur l’usage du préservatif.
Cornelius Fontem, évêque de Bamenda : «Il ne faut pas faire la promotion du préservatif »
Le pape a raison de dire que la pandémie du Sida ne pourrait être stoppée tant qu’on fait la promotion du préservatif. Elle ne peut pas être réglée de la sorte. Surtout en milieux jeunes, la tranche sociale la plus touchée. J’ai des cas dans mon diocèse qui montrent que la situation va empirer si l’on n’adopte pas la position de l’Eglise.
Alvert Vonbuel, évêque centrafricain : « Le pape n’a pas dit exactement ce que les journalistes ont diffusé »
Le pape n’a pas dit exactement ce que les journalistes ont diffusé. Le Saint Père a plutôt dit que ce n’est pas seulement le préservatif qui va résoudre le problème du sida. Les journaux ont seulement relayé « pas de préservatif », et tout le monde parle de ça aujourd’hui. L'Église sait que, dans la lutte contre la sida, l’engagement dans la fidélité est plus important que l’usage du préservatif.
François Xavier Amara, chapelain de sa sainteté : « L’église n’a jamais accepté l’usage du préservatif ».
Le pape Benoît XVI n’est pas le premier à parler du préservatif. Son prédécesseur, Jean Paul II l’avait déjà fait. Il avait interdit l’utilisation du préservatif. Je ne sais pas pourquoi la déclaration du pape Benoît XVI fait tant de bruit. Est-ce parce qu’il l’a dit publiquement pendant son voyage en Afrique. L’église n’a jamais accepté l’usage du préservatif. Le problème se pose sur le comportement de notre jeunesse qui se laisse aller, à cause du préservatif. Elle fait n’importe quoi. Est-ce normal ?
Propos recueillis par Cathy Yogo et Adrienne Engono, Le Jour, 19 mars 2009
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23.03.2009
Le Pape, le sida et la presse camerounaise (2/4)
Le refus d'une dénonciation catégorique dans la presse
Ce qui va marquer dans la presse écrite privée camerounaise, c'est le refus d'une dénonciation catégorique des propos du Pape. Certes, les réactions ne seront jamais neutres, tant celles des professionnels laïcs de la lutte contre le sida que celles de l'Église ou du citoyen lambda. Nous commençons par des réactions venant de personnes qui considèrent le préservatif comme un outil de lutte contre la propagation de la maladie, en l'occurrence une professionnelle de la prévention contre le sida, Anne Bihina Perrot, directrice nationale de Care Cameroun, interviewée dans les colonnes du quotidien Mutations. Cette interview sort du cadre du préservatif pour faire l'état des lieux de l'accès aux médicaments et aux soins. Sa position, qui consiste à relativiser autant le sens que l'impact de la déclaration de Benoît XVI, est remarquable. Pourquoi ne condamne t-elle pas catégoriquement les idées du Vatican ? Crainte de se voir opposer les catholiques du pays, de braquer son terrain ? Corruption ? Ou tout simplement, reconnaissance d'un impact positif que peut avoir le discours du Pape, qui, on l'a vu, ne se contente pas de s'exprimer sur le préservatif ? Nous laissons au lecteur la liberté d'en juger.
Anne Bihina Perrot : La déclaration du pape nous inspire.
La directrice nationale de Care Cameroun estime que le message de Benoit XVI peut aider à lutter contre la stigmatisation des malades.
Quelle est votre réaction par rapport à la sortie du pape sur préservatif ?
Je dirais que l'approche qu'a Care par rapport à la prévention du Sida en général, c'est de développer une palette de solutions à proposer aux personnes qui peuvent en avoir besoin pour se protéger du Vih/Sida. Le préservatif a toujours été une des composantes de notre travail de prévention, notamment la promotion de son usage. Il y a d'autres volets dans l'ensemble des campagnes qui sont de parler aux jeunes pour qu'ils essaient de reporter la première relation le plus longtemps possible, pour des personnes qui choisissent d'être fidèles à un couple, de faire un test et ensuite de s'engager à cette fidélité. Pour les personnes qui choisissent de pratiquer l'abstinence, de persévérer dans ce comportement là si c'est un choix de vie pour eux. En matière de prévention, elle doit être toujours adaptée à la population qui est en face et qui souhaite avoir différents types de solutions. Je ne pense pas que cela ait un risque par rapport aux campagnes sur lesquelles nous sommes.
Cette position aurait-elle une incidence ?
Je pense que ce n'est pas une interdiction d'utiliser le préservatif dans les campagnes. Il faut savoir que le Cameroun a adopté depuis longtemps une pratique qui est basée sur le marketing social du préservatif qui veut que les préservatifs ne soient pas donnés gratuitement. Ça fait réfléchir aussi sur sa propre sexualité. Nous pensons que faire la prévention avec cet outil rend les gens plus conscients de leurs responsabilités. Nos campagnes sont donc des campagnes de responsabilisation par rapport au préservatif. Je pense que, avec certains partenaires de travail de terrain qui peuvent avoir les mêmes approches que celle défendue par le pape, c'est sûr que les campagnes de prévention ne vont pas s'axer sur le préservatif mais on utilisera toutes les autres solutions possibles.
Le pape a par ailleurs demandé l'accès total aux médicaments par les malades…
Il y a différents niveaux d'accès. Depuis la gratuité des Arv, on a quand même une grosse augmentation des patients qui ont accès aux médicaments puisque si on estime qu'il y a à peu près 160.000 patients qui ont besoin d'un traitement actuellement au Cameroun, on est au-delà de 60.000 qui sont déjà sous traitement donc on est à plus de 40% de la situation est correcte. Les 60% se retrouvent chez des personnes qui ont des difficultés financières même si les Arv sont gratuits parce qu'il y a un certain nombre d'examens autour de la prise des médicaments. Il y a certains médicaments contre les maladies opportunistes qui restent avec un certain coût pour les patients et il peut y avoir pour les patients vulnérables économiquement une difficulté d'accès qui peut être liée à ça. Il y a aussi cette capacité à rejoindre les centres pour bénéficier du traitement. Il peut y avoir différents niveaux qui peuvent faire que certains patients n'ont pas encore accès aux médicaments.
Il a aussi incité les populations catholiques à s'impliquer dans l'accompagnement des malades…
C'est un message que nous allons utiliser pour renforcer l'adhésion des populations dans ce sens par rapport à leur tolérance vis-à-vis des patients, à leur capacité d'être en empathie avec eux et leur disposition de les accompagner. Nous nous appuyons dans certaines actions sur des groupes et associations confessionnelles qui ont une grande capacité d'écoute et peuvent mieux véhiculer certains messages auprès des malades. Je pense que là-dessus, il y a une partie du message du pape que nous allons nous charger de relayer fortement pour augmenter encore les capacités de prise en charge des patients par toute la communauté, car ce n'est pas que l'affaire des médecins.
Propos recueillis par Dorine Ekwè, Mutations 20 Mars 2009
Poursuivons avec un article beaucoup plus dur, publié dans la même édition du journal Mutations, le 20 mars. L'auteur, Justin Blaise Akono, profite de « l'affaire du condom » pour livrer une description sévère du successeur de Jean Paul II. Soulignant les différences entre les deux derniers Papes, il met surtout en avan, à travers notamment une sortie sur le préservatif jugée conservatrice et en décalage avec les comportements et opinions au Cameroun, l'incorrigible talent de Benoît XVI pour s'attirer les foudres de la presse. Justin Blaise Akono cite ainsi Le Point en preuve de ce talent – il faut dire que ces dernières semaines, la presse française n'a pas laissé de repos au Vatican. Dans une seconde partie pourtant, le journaliste relativise cette apparente rupture dans l'Église. Si Jean-Paul II était un homme plus charismatique que Benoît XVI et beaucoup plus chaleureux, il partageait les mêmes idées, défendait les mêmes positions, professait la même foi. En bref, nous ne pouvons regretter Jean-Paul II au motif que Benoît XVI a des positions radicales, car les deux hommes partageaient probablement ces positions. Simplement, la chaleur naturelle de Jean-Paul II fait que son message « passait mieux ».
Benoît XVI : Le messager de la continuité
Arrivé pour la première fois en Afrique sous fond de polémique, le pape reste fidèle à la ligne de l'Église sur le Sida.
La première image de Sa Sainteté Benoît XVI lorsqu'il foule le sol du Cameroun mardi dernier n'est pas du tout heureuse. Le pape est resté bloqué dans son avion pendant une dizaine de minutes à telle enseigne que le successeur de Jean-Paul II, à la descente d'Alitalia, compagnie de navigation aérienne italienne, avait le regard ferme et orienté vers le sol, comme s'il avait peur d'être trahi par cette maudite passerelle inadaptée à l’aéronef qui le transportait. La première rupture avec son prédécesseur Jean-Paul II apparaît nette, d'entrée de jeu. Le 10 août 1985, presque à la même heure, bien avant que le pape pèlerin ne baise le sol camerounais, Jean-Paul II avait béni, du haut de la sortie de son avion, les foules venues nombreuses l'attendre à l'aéroport de Yaoundé, qui tient lieu aujourd’hui de base aérienne militaire. Benoît XVI n'a pas offert aux "croyants" camerounais cette preuve de chaleur du Polonais Jean-Paul II.
Passé cette épreuve d'apparence, cette froideur du 265è chef de l'Église catholique romaine, 264è successeur de Saint Pierre, Benoît XVI avait déjà cassé la baraque sans être arrivé à Yaoundé. Capitale d'un pays très engagé dans la lutte contre le Sida et qui met avant, en plus de l'abstinence, l'utilisation du préservatif que le chef de l'Église catholique continue à combattre. Il a estimé dans l'avion qui le transportait, que l'on ne peut "pas régler le problème du sida", pandémie aux effets dévastateurs en Afrique, "avec la distribution de préservatifs. Au contraire (leur) utilisation aggrave le problème", a déclaré le Saint-Père. A-t-il voulu mettre un peu d'eau dans son vin de messe lors de l'office d'hier au stade Omnisports Ahmadou Ahidjo lorsqu'il a donné des conseils aux familles ou aux jeunes qui ne se sont pas encore engagés ? "Que les hommes aiment leur femme et que les jeunes gardent leur pureté". Cette doctrine, Joseph Alois Ratzinger en est coutumière du fait, pour la protection de l'éthique de son Église. Benoît XVI en inquiète plus d'un, les raisons les plus fréquemment mises en avant sont d'ailleurs résumées dans le journal français Le Point, qui écrit : "autant on pouvait accepter le brillant professeur de théologie, autant il convient de se méfier du" gardien de l'orthodoxie.
Silences
Ratzinger, explique-t-il, "est désormais considéré comme le grand inquisiteur et on ne compte plus ses "non". Non au communisme et au libéralisme. (...) Non au sacerdoce féminin. (...). Non à l'homosexualité. (...) Non au rock'n'roll. (...) Non à la réforme liturgique voulue par Paul VI. (...) Non à une vision syncrétique du rapport interreligieux". L'une des illustrations vécues hier lors de la messe pontificale, les invités à la table du seigneur doivent se mettre à genou pour recevoir le corps du Christ. L'on a bien l'intention d'évoquer quelques comparaisons fortes ou subjectives telles que recevoir sa bénédiction, calepin en main et plume au poing. Ce qui ne fut pas le cas lors des deux premières visites d'un pape au Cameroun, le jeune reporter étant encore écolier puis collégien. Mais, cette comparaison trouve vite ses limites.
Car, selon certains observateurs, parfois à l'intérieur même du corps, Benoît XVI apparaît comme "l'héritier, l'élu de Jean-Paul II" le gardien de la doctrine et dauphin de Karol Wojtyla. Et c'est bien pourquoi il est contradictoire de saluer avec une quasi-unanimité le pontificat de Jean-Paul II et d'accueillir avec méfiance l'homme d'Eglise dont il était le plus proche et auquel il avait confié les clés de sa doctrine. "Agir ainsi, c'est reconnaître que l'affection envers Jean-Paul II reposait sur une simple apparence et non sur le fond de sa pensée qui, bien qu'elle soit la même, est contestée quand elle est symbolisée par un autre. Ratzinger est dans la continuité de Wojtyla. Respecter le premier, c'est continuer d'aimer le second", signait encore récemment Paris Match, un magazine français.
Ce second qui, faute du charisme du premier, s'est illustré par le silence. La plupart du temps, les paroles sont écrites. Même les bénédictions comme lors de son allocution à l'aéroport de Yaoundé Nsimalen et le sourire difficile de cet octogénaire contrastent d'avec le "N'ayez pas peur" de son prédécesseur à Varsovie en Pologne alors qu'il venait d'accéder au trône du Vatican. Lors de l'homélie au Saint siège dimanche dernier, avant son départ, le pape Benoît XVI promettait de venir porter les souffrances de l'Afrique engluée dans la pauvreté depuis des siècles et étranglée dans l'engrenage de la crise financière internationale. Les Africains ont attendu l'assurance de l'homme de Dieu depuis Yaoundé. Le fera-t-il au moment où son avion décollera pour l'Angola ? Benoît XVI semble encore garder quelques mystères sur l'Afrique.
Justin Blaise Akono, Mutations, 20 Mars 2009
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