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12/04/2018

Des subtilités de parvis, de la province à Paris

Les mondanités de parvis, vous connaissez ? C'est un truc passionnant, on pourrait en faire un mémoire de socio. Voire même une thèse.

Bon, si vous êtes un peu catho, genre au moins une fois de temps en temps, vous voyez de quoi je veux parler même sans avoir fait une recherche universitaire. A la sortie de la messe, un attroupement de paroissiens papote aimablement sur le parvis, en cercles plus ou moins larges, sur une durée qui s'étend de cinq minutes à une demi-heure. Ça se prolonge éventuellement autour d'une bouffe ou d'un verre. 

Ces mondanité de parvis, qu'on retrouve presque partout, ont toutes cette même apparence ; mais sous la surface se cachent des réalités différentes... Voyez plutôt.

 

20h, un dimanche de début octobre, une église d'Etudiantville, grosse ville provinciale.

Quand Emmanuelle emménagea dans une petite chambre de bonne à Etudiantville, elle ne connaissait encore personne. A 21 ans, elle entamait sa troisième année d'étude à l'Ecole Supérieure de Trucs à Apprendre après deux ans de prépa. Il n'était donc que très naturel d'aller seule à la messe, le premier dimanche qui suivit son arrivée. En revenant de la communion, elle remarqua un gars vaguement croisé dans les couloirs de son école. La foule se pressait pour sortir de l'église, mais elle manœuvra habilement pour se retrouver à ses côtés*.

- Eh, salut, tu n'es pas à l'ESTA* ? Il me semble t'avoir croisé hier !
- Ah ouaaais je me disais bien que j'avais déjà vue quelque part ! Et ben c'est sympa ça, mais t'étais pas là à la soirée de l'aumônerie... T'es nouvelle ?
La conversation se poursuivit poliment jusqu'au parvis. Une fois descendues les quelques marches, notre étudiant - appelons-le Thibaut - retrouvait ses potes, comme tous les dimanches. Lui, ça faisait quatre ans qu'il était là : scoutisme, colocation, club de théâtre et petites chouilles entre potes... Disons qu'il avait fait son trou. 

Emmanuelle garda une distance respectueuse et s'apprêtait même à s'éloigner en voyant un cercle se former à partir de Thibaut : mais celui-ci se retourna vers elle et lui fit signe d'avancer.

- Bon, c'est Emmanuelle, elle est aussi à l'ESTA, elle débarque...
- Salut, c'est Thomas, je suis en troisième année d'ingénieur et je suis le coloc de Thibaut...
- Sophie, je suis en école d'infirmière...
- Amicie, je suis en recherche d'emploi, motivée ah ah...
- Et moi c'est Côme. Bon les gars, on se fait un kebab là ? Emmanuelle, tu n'as rien d'autre de prévu ?

 

Deux ans et des brouettes plus tard, 19h45, un dimanche de janvier, une église de l'Ouest parisien.

Emmanuelle vient de commencer son stage de fin d'étude : elle part pour six mois de vie parisienne. Son copain - appelons-le Thibaut* - est en mission à Lyon jusqu'en septembre prochain. Pour faire son trou rapidement, elle s'est mise en coloc avec deux autres cathos grâce à un réseau d'annonces : une étudiante et une salariée. A son étonnement, ses deux colocataires ne lui ont pas proposée de l'accompagner à la messe. Chacune est partie de son côté. Elle s'est donc rendue à Saint-Machin, l'église la plus proche. En revenant de communier, elle aperçoit avec joie Amicie, avec qui elle s'entendait comme larrons en foire à Etudiantville deux ans plus tôt ; elles sont d'ailleurs toujours "en contact" via Facegram (ou un truc du style). Emmanuelle manœuvre habilement pour croiser Amicie en sortant de l'église.

- Oh Emmanuelle ! Trop sympa tu débarques à Paris ? J'avais vaguement suivi sur Instabook (ou un truc du style). Je savais pâââs que t'étais dans le quartier !!
- J'ai trouvé un stage dans une super boite, là, pour six mois, plutôt cool... Et toi ça va ? Toujours le même boulot ? 
- Ecoute ça va, ouais, ça se passe plutôt bien, je suis en coloc dans le coin... Et la paroisse elle est super cool tu verras !
- Ouais trop bien j'ai vu qu'il y avait la masse de jeunes ce soir à la messe !

La conversation se poursuit le temps de sortir de l'église, de descendre du parvis, puis pour Amicie de retrouver ses potes. Emmanuelle reste quelques pas en arrière, poliment, attendant qu'on l'introduise. Amicie se retourne vers elle :

- Bon c'était trop cool de te voir ! Faudra qu'on se prenne un café un de ces quatre.

Et le cercle se referme devant Emmanuelle.

Qui rentre dîner seule, puisque ses colocs ne sont pas encore rentrées.

Prochain épisode : Emmanuelle mange une pizza avec les JP de Saint-Machin.

 

Aussi désagréable qu'est cette expérience - j'en ai fait les frais dans le temps - il faut faire l'effort de comprendre les origines du phénomène avant de jeter la pierre aux parisiens. Vous pourrez vous référer à l'article pas si débile (même s'il est écrit sur le ton de l'humour) le potentiel de potitude. Cela vous permettra peut-être de comprendre une des raisons pour lesquelles, après une intégration plus longue que souhaitée, vous ne serez pas épargnés par ce pli parisien... Rendez-vous dans deux ans !

* Si ça peut vous faire plaisir, vous pouvez imaginer qu'il était beau gosse.
* Si ça peut vous faire plaisir, vous pouvez imaginer que ça veut dire autre chose que Ecole Supérieure de Trucs à Apprendre.
* Si ça peut vous faire plaisir, vous pouvez imaginer que c'est le même Thibaut qu'au paragraphe précédent. Mais il n'est pas à Paris et ça, ça fait bien iéch.

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