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30/09/2014

Le jour où tu croiseras un Président de la République dans la rue

- Bonjour Monsieur !

Un mendiant, un bonjour, un sourire, une pièce. C'était une nouvelle résolution de Marie: un seul mendiant, mais tous les jours. Et justement, celui-ci s'était installé au coin de la rue, entre la boulangerie et le distributeur. Un emplacement de choix.

Aussi, depuis dix jours, elle le saluait chaque matin, lui souriait et lui donnait une pièce. Le bonhomme ne répondait jamais. Il ne souriait jamais non plus. Le regard dans le vide, évaporé, les cernes lourdes et les bajoues tombantes. La pluie salissait les hublots qui lui tenaient lieu de lunettes. Le veston était sale, la cravate remontait sous l'oreille, la braguette était ouverte. Sale, dépenaillé, mais la qualité du vêtement témoignait d'une prospérité oubliée.

Aux yeux de Marie, ce mendiant crasseux nauséabond, à la dentition douteuse, était le vivant témoin des terribles événements qui s'étaient produits les années précédentes. La crise financière, la crise économique, l'explosion du chômage... Et les troubles politiques : les manifestations géantes de 2013, les remaniements successifs, les scandales à répétition... Et pour finir la démission du Président de la République, lequel avait disparu corps et biens (pour ce qu'il en restait).

Ce mendiant était une des innombrables victimes de cette période troublée dont la France se remettait avec peine. C'est la raison pour laquelle Marie lui faisait l'aumône d'un bonjour, d'un sourire et d'une pièce tous les matins. Comment en était-il arrivé là ? Elle l'ignorait.

- Bonjour Monsieur ! Comment ça va aujourd'hui ?

Et la pièce glissa de ses doigts pour tomber à terre. Aussitôt elle se penche et, la ramenant vers elle, regarde le mendiant dans les yeux. Pour la première fois, elle le voit d'en bas. Son regard se trouble, les yeux se plissent.

- Ah, gardez vos amabilités pour vous hein ! Parce que quand même, c'est à cause de vous, si je suis là.

- Comment, mais je vous connais ?

Il hausse les épaules et fixe le trottoir.

- Vous avez perdu votre boulot à cause de la crise, on vous a viré, hein, c'est ça ?

Il relève les yeux et la fixe avec un regard vengeur.

- Ouais, vous m'avez viré ! Vous m'avez viré ! Et j'avais rien fait !

C'est la première fois qu'elle l'entend parler. Il lui manque plusieurs dents.

- On vous a viré... Comment ça ? Votre entreprise vous voulez dire ?

Il ricane sinistrement :

- Non, vous, vous, les français.

Il est pitoyable, lorsqu'il s'affaisse dans le ruisseau:

- Les français...

Marie se redresse, effrayée. Elle le contemple avec un mélange de pitié et de dégoût.

- Y-z'étaient tous dans la rue. Pis maintenant c'est moi.

Commentaires

Pas mal, est ce une prédilection...ou paroles de sciences, la suite.....hésite pas a faire un lien vers mon blog..merki

Écrit par : salefran | 01/10/2014

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