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27/06/2014

Quand on divinise la Nation

On peut diviniser tout un tas de trucs et pas seulement la république ou la démocratie. Pour Marine Le Pen, il semble que ce soit la nation.

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Elle déclarait souhaiter, au sujet de l'affaire Vincent Lambert, que "les lois françaises et les institutions françaises aient le dernier mot". Elle s’est dit "contre cette supranationalité et cette autorité imposée par l’Union européenne". (France Info, 24 juin 2014) Pour rappel, le Conseil d'Etat venait de décider de la mort de Vincent Lambert. Décision suspendue (temporairement?) par la CEDH quelques heures plus tard.

Marine Le Pen met ainsi la nation au-dessus des lois naturelles, dans l'ordre de ses priorités, et non l'inverse. C'est-à-dire que pour elle, la nation est l'absolu, la morale est le relatif. C'est la nation qui décide de ce qui est moral et ce qui ne l'est pas. Si la nation décide quelque chose d'immoral et qu'une autre instance, non nationale, la contredit, son allégeance reste à la nation quelle que soit la décision prise.

Si l'on en juge ces déclarations, la nation serait donc, non seulement digne de vénération, mais surtout le sommet de la hiérarchie des valeurs. Donc transcendante. Le référent ultime de l'homme serait la nation (plutôt qu'une instance, politique, spirituelle ou mystique qui serait supérieure à la nation). La nation est l'instance supérieure par excellence dont nous dépendons. Nous existons relativement à la nation qui est l'absolu.

Or, qu'est ce qu'un dieu? Le Larousse donne plusieurs définitions.

- (Au singulier ou au pluriel, avec une minuscule, et un féminin déesse) Dans les religions polythéistes, être supérieur doué d'un pouvoir surnaturel sur les hommes; divinité: Les dieux des Romains.

- Personne à laquelle on voue une sorte de vénération, un attachement passionné, ou que l'on considère comme supérieure: Ce sportif est leur dieu.

- Objet, chose, idée que l'on place au plus haut dans la hiérarchie des valeurs et à quoi on sacrifie tout: le dieu dollar.

Ajoutons la définition monothéiste de Dieu que donne wikipédia et qui manque au Larousse:

Dans les religions monothéistes, Dieu est l'être suprême, unique, transcendant, universel, créateur de toutes choses, doté d'une perfection absolue, constituant le principe de salut pour l'humanité et qui se révèle dans le déroulement de l'histoire.

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Imaginons le système de pensée suivant: la nation est l'instance suprême. Elle seule doit exister. Elle est transcendante. Elle est de tout temps et de tout lieu (pas la France, hein, la nation). Elle légifère sur toutes choses, morales comme matérielles. Elle ne souffre pas la contestation car elle est parfaite. Notre salut ne dépend que d'elle. Elle se révèle dans le déroulement de l'histoire. Bref, la nation est Dieu.

Et bien, avec ce type de déclaration, vous voyez qu'on n'en est pas loin... C'est pourquoi les cathos, mêmes les plus patriotes, digèrent mal le message: ils préféreraient, même avec tristesse, le joug d'une Europe lorsqu'elle respecte (malheureusement ce n'est pas toujours le cas) la loi naturelle à celui d'une France qui nie son existence. Parce que les cathos (comme tous les croyants monothéistes honnêtes) ne peuvent pas diviniser la nation (pas plus que n'importe quoi d'autre les petits ballons ronds par exemple). Ce serait de l'idolâtrie... 

Et vous allez voir sortir de la tombe le vieux débat gallican/ultramontain !

NB: ceci n'est pas une analyse globale du FN, où plusieurs tendances se côtoient, mais une simple remarque sur une unique déclaration de sa présidente... remarque qui peut valoir pour n'importe lequel d'entre nous. On a tous nos idoles. Moi c'est Tolkien.

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