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17/09/2015

Handicapés, euthanasie, jugements... solutions ?

La mère qui a tué sa petite fille handicapée a été condamnée à 5 ans de prison avec sursis, mardi soir à Rennes. On a pu lire des commentaires assez odieux au sujet de ce verdict. Personnellement, je ne sais pas comment j'aurais réagi en étant juré, mais en tant que commentateur, je me suis bien gardée d'avoir un avis tranché. Attention, si je n'ai pas d'avis tranché, ce que j'ai à raconter peut être assez dur à entendre. Si vous n'avez pas envie d'essayer de comprendre, soyez décents : ne lisez pas et ne répondez pas.

On s'inquiète que ce jugement ne serve à promouvoir l'euthanasie, mais il me semble qu'une fois de plus, on déplore les effets dont on chérit la cause.

Je suis sœur d'handicapé (autisme lourd). Quand j'étais ado, je retrouvais souvent ma chambre saccagée par mon frère. Nous ne pouvions posséder ni livre ni jouet sans qu'ils ne soient abîmés dans la semaine. Bien-sûr, les parents n'avaient pas autant de temps pour nous, et surtout pas autant d'inquiétude. Ils sont passés à côté de beaucoup de choses, de beaucoup de souffrances d'adolescents que nous avons du coup traîné comme un boulet arrivés à l'âge adulte. Tout, au quotidien, tournait autour de mon frère, on était formaté pour le surveiller H24, pour éviter qu'il ne s'enfuit ou qu'il n'abîme quelque chose quand nous sortions. Le restaurant, même le McDo ? Laissez tomber ! Le cinéma ? Il fallait que quelqu'un le garde. Mais on ne peut pas appeler n'importe quel babysitter pour un enfant comme ça ! C'était un stress et un sacrifice permanent. Nous n'avions aucune aide à l'époque. Même l'école n'en voulait pas. Pire, le handicap de mon frère a complètement isolé socialement mes parents et donc nous-mêmes. Ceux qui me connaissent pourront être surpris, car ma façon de présenter le quotidien avec mon frère est en général assez drôle, parce qu'il faut toujours voir le côté humoristique des choses, mais il ne faut pas se mentir non plus. Vivre au quotidien avec un handicapé lourd, même si ça fait de sacrés souvenirs, c'est lourd. Notre entourage ne s'en est jamais vraiment rendu compte - ou peut-être que beaucoup n'ont pas voulu voir.

Et il y aurait pu y avoir un accident : un excès de colère d'un des autres frères, ou de moi-même, une mauvaise chute, un coup trop fort, qui sait. Il n'y en a pas eu, Dieu merci, et je pense que mon frère a eu une enfance aussi heureuse qu'il est possible d'avoir étant données les circonstances. Je ne peux donc me mettre à la place de cette femme. Mais si c'était arrivé, franchement, je pense que notre responsabilité morale, aux yeux de Dieu, aurait été plus faible que ce que certains commentateurs l'entendent. Quelle est la liberté de quelqu'un qui est abandonné de tous ? Des personnes plus simples d'esprit et moins philosophes, plus isolées encore (divorcées ou abandonnées), n'auraient peut-être pas tenu le choc. Ce n'est pas UNIQUEMENT la faute de la société, bien-sûr, sinon tous ceux qui sont dans le même contexte en feraient autant. Or ça n'a pas été notre cas, et ce n'est pas non plus le cas de la plupart des familles d'handicapés. Ceci dit, les "accidents domestiques" qui touchent des handicapés sont plus fréquents qu'on ne pense, et je crois que la responsabilité de "la société" est suffisamment importante pour relativiser celle des familles qui ont la charge de ces personnes.

Du coup, la bonne nouvelle, c'est qu'on peut empêcher ça.

Le problème avec "la société", c'est que c'est tout le monde, mais que chacun fait comme si ce n'était pas lui. Vous voulez éviter d'autres morts ? Parmi ceux qui me lisent, certains sont peut-être déjà allés à la Marche Pour La Vie. Et bien il y a un tas d'assos super dans le collectif. Peut-être que c'est possible de s'engager un peu plus loin. Il y a aussi des fondations, des lobbies, des courants au sein de vos partis politiques, des réunions d'information, des pétitions, des vidéos qui circulent sur internet à faire partager... Il y a peut-être bien un truc qu'on peut faire pour se donner bonne conscience ?

J'ai passé le dernier nouvel an avec quatre handicapés physiques et/ou mentaux avec une association dont l'objectif est justement d'emmener en WE ou en vacances des jeunes, pour soulager les familles, et donner à ces jeunes un moment d'amitié gratuite. On ne fait rien de spécial : des balades, la préparation des repas, on chante, on s'adapte aux capacité des enfants. Vous n'imaginez pas la bouffée d'air frais que cela représente pour la famille. C'est un moyen comme un autre d'aider, pas besoin de diplôme pour ça.

Mais sans aller jusqu'à s'engager dans une association, une simple proposition de coup de main, un service, une attention à ceux qui sont confrontés à ce problème... C'est quand même pas compliqué ?

C'est quand même pas compliqué, de prendre en charge un jeune handicapé de votre famille pendant deux heures, pour que les parents soufflent ? C'est pas compliqué, de vérifier que la voisine n'a pas besoin d'une aide ponctuelle avec son môme, aller, une course, un babysitting gratuit un soir par mois, une invitation à dîner de temps en temps, une oreille compatissante... Parce que ça, nous, on ne l'a pas eu, alors qu'on était quand même socialement plus "intégrés" que cette femme seule, abandonnée par le père comme par la société !

Qu'est-ce qu'on peut faire pour changer cette société ? Comme disait mère Térésa, commencer par nous changer nous-même !

Et après, quand on aura passé du temps avec un handicapé lourd, qu'on lui aura nettoyé les fesses quand il a la chiasse, qu'on lui aura donné son bain, qu'on aura joué trois heures avec lui à la bataille, qu'on aura vu le soulagement sur le visage des parents et le sourire d'un jeune qui vous appelle "copain" parce que vous avez pris deux heures pour le faire manger, on pourra commencer à juger en connaissance de cause.

Et ce qui est curieux, c'est que les personnes qui ont déjà eu la charge d'un handicapé lourd devraient être celles qui jugent le plus férocement. Et pourtant ce n'est pas le cas.

Je ne sais pas pourquoi, mais je remarque que c'était déjà un peu comme ça dans l'Evangile.

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