04/08/2012
Comment j'ai infiltré les chachas (2/9)
Le premier épisode
Deuxième impression.
Un mois plus tard, je récidive, avec une autre amie : Au-Taquet-Girl, dite aussi Mangouste M. Cette fois, je m'étais préparé psychologiquement. J'avais aussi veillé au déguisement.

Au lieu de rester bêtement au fond (comme elle), je m'incruste dans la foule remuante. Je suis dans la place. Voilà que deux types viennent me taper dans le dos, comme quoi ils veulent prier pour moi. J'étais ici pour infiltrer, je vous le rappelle. Ma dernière pensée fut pour la porte de sortie, à laquelle je jetais un ultime regard : punaise, c'était loin.
Le principe : prenez un gars qui demande à ce qu'on prie pour lui. Envoyez deux personnes, qu'on appelle "frères", parce qu'ils sont tous frères dans la grande communauté (c'est comme en Afrique). Les deux bonshommes lui mettent la main sur l'épaule, lui demandent son prénom et prient pour lui de toutes les manières chacha possible : image (comme "j'ai reçu une image d'un gros hamburger volant", ou un truc du style), prophéties (qui ne prédisent pas du tout, une fois sur deux la personne intéressée est déjà au courant), paroles tirées de la Bible (1R18, 40 par exemple), et autres palabres en Sindarin ou en Quenya.
Il paraît que certains trouvent ça renversant. Au sens propre. C'est même assez courant dans certains autres groupes de prière, où les frères se disposent du coup un peu différemment : il y en a un qui est derrière pour choper le mec s'il est renversé, on appelle ça un catcheur. Démonstration :


Mais bon, là où j'étais, ça restait soft : ils se contentaient de sauter un peu partout. Et pour des raisons d'ordre logistique il était d'ailleurs demandé aux membres du staff de prier pour des personnes de même sexe. C'est pour cette raison qu'étant un mouton mâle, ce furent des frères qui prièrent pour moi, et non des sœurs (hélas).
Pour l'instant, mes expériences font un peu flipper.
Pourquoi ais-je pris la décision, peu de temps après, d'infiltrer ces groupes ultra ? La curiosité. Je sortais d'infiltrer les tradis qui étaient dans l'Eglise et le faisaient savoir. Voilà que des mecs aussi barges mais pas du tout dans le même style faisaient aussi savoir qu'ils étaient dans l'Eglise. Ouais, la même Eglise. Avec le même Pape. Et les mêmes JMJ. Donc la même religion. Encore sous le choc de mes premières impressions, je décidai sur le champ de mener l'enquête : les chachas sont-ils vraiment catholiques ?

Suite aux prochains épisodes : le n°3, le n°4, le n°5, le n°6, le n°7, le n°8 et le n°9
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03/08/2012
Comment j'ai infiltré les chachas (1/9).
Premières impressions.

Mes premières rencontres avec les chachas se sont fait alors que j'infiltrais les tradis au pèlerinage de Chartres. Déjà, ça casse un mythe.
Je vous avais déjà parlé des tradismatiques ? Et bien, le pélé en est tout plein, et ça ne s'arrange pas. Bref. Je souffrais de multiples ampoules aux pattes, au soir du deuxième jour, et je m'apprêtais à rendre l'âme, lorsqu'un de ces hybrides me confia son secret.
Les ampoules, ça se dévisse. L'exercice était le suivant : à partir de quelques chants de l'Emmanuel, se mettre dans l'état d'esprit de celui qui a envie de dire au Seigneur qu'Il est le plus beau, le plus grand, le plus fort et chanter à tue-tête et en levant les mains vers le Ciel. Sauter peut aussi avoir comme effet d'exploser les ampoules au lieu de les dévisser, le résultat est le même.
Miracle : ça marche.
J'avais découvert la louange.
Suite à cette expérience, j'ai bien tenté quelques petits raids dans des groupes très soft du Nord ; il ne s'agissait à l'époque que de jeux innocents.
Mais très vite, ça a dégénéré. Vers la dépendance la plus tragique : de tradismatique, j'ai même failli virer... charismaddict.

Brrrr.
Entendons-nous bien, au départ, c'était pour craner. J'étais avec une pote. C'était son idée. Bref.
C'était une veillée de louange, d'un groupe de prière dont je tairais le nom, dans cette paroisse de Boulogne tenue par une communauté de fondation récente à l'habit gris. J'étais accompagné d'une jeune fille que j'avais rencontré au pèlerinage de Chartres, appelons-là Louve S. Le genre de pari débile qu'on fait pour impressionner les filles : « T'es pas cap de me suivre dans un groupe chacha ! »
En remontant l'allée centrale, je me sentais de plus en plus mal. Non mais qu'est ce qui m'avait pris de venir là ? C'était le choc des cultures : ça sautait dans tous les sens, ça jouait du djambé, ça racontait des trucs zarb sortis de la Bible et ça parlait en klingon, elfik ou je ne sais quelle langue chelou que soi-disant Dieu peut comprendre. Et en plus, il y en avait un ou deux qui se roulaient par terre dans l'indifférence totale. Genre normal quoi.
J'ai halluciné.

Oui, peut-être que j'exagère. Mais en remontant cette allée, je me posais une seule question : qu'est ce que je fous là ? J'aurais bien fait machine arrière, le problème c'est que Louve S me murmurait à l'oreille pendant tout ce temps : « je te déteste Eddy, je te déteste... » Je ne pouvais plus faire machine arrière, qu'aurait-elle pensé ?
Suite aux prochains épisodes : le n°2, le n°3, le n°4, le n°5, le n°6, le n°7, le n°8 et le n°9
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