Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/07/2013

Veiller avec les Hobbits - Livre VI (20/20)

A la fin de toutes choses

Voir un résumé de l'histoire - Voir les épisodes précédents

Alors que la bataille fait rage devant les portes noires du Mordor, mettant aux prises les armées de Sauron et les hommes du Gondor et de Rohan, Sam et Frodon sont parvenus dans la forge de Sauron, sur la paroi de la Montagne du Destin. L'anneau a été détruit ; Sauron est tombé de son trône, et sa place forte réduite à néant. Mais alors que la bataille tourne en la faveur des hommes, le volcan entre en éruption. Et les deux hobbits, qui ont renoncé à leur propre vie pour sauver ce qui pouvait l'être, sont au cœur de la tourmente. Frodon, enfin libéré de l'emprise de l'anneau, est tout prêt à se laisser mourir.

« Je suis heureux que tu sois ici avec moi, » dit Frodon. « Ici, à la fin de toutes choses, Sam. » 

« Oui, je suis avec vous, Maître, » dit Sam, portant doucement à sa poitrine la main blessée de Frodon. Et vous êtes avec moi. Et le voyage est achevé. Mais après tout ce chemin, je ne veux pas encore renoncer. Ce n'est pas mon genre, en quelque sorte, si vous voyez ce que je veux dire. »

« Peut-être pas, Sam, » dit Frodon ; « mais ainsi vont les choses dans le monde. L'espoir n'aboutit pas. Une fin vient. Nous avons peu de temps à attendre, maintenant. Nous sommes perdus dans la ruine et l'effondrement, et il n'y a aucun moyen d'y échapper. »

« En tout cas, Maître, on pourrait au moins s’éloigner de ce dangereux endroit, de cette Crevasse du Destin, si c'est comme ça que ça s'appelle. Non ? Allons, Monsieur Frodon, descendons toujours le sentier ! »

« Bon, Sam. Si tu y tiens, j'irai », dit Frodon. Ils se levèrent et descendirent lentement le long de la route en lacets; et, comme ils allaient vers le pied ébranlé de la Montagne, le Sammath Naur rejeta une grande fumée et des vapeurs ; le côté du cône s'ouvrit, et un énorme vomissement roula en une lente cascade tonnante le long du flanc oriental de la montagne.

Frodon et Sam ne purent aller plus loin. Leur dernière force d’âme et de corps déclinait rapidement. Ils avaient atteint une petite colline de cendres au pied de la Montagne ; mais de là, il n'y avait plus de moyen d’échapper. C’était à présent une île, qui ne durerait plus longtemps au milieu du tourment de l'Orodruin. Tout autour, la terre s'ouvrait, et de profonds puits et crevasses jaillissaient de la fumée et des vapeurs. Derrière eux, la Montagne était en convulsion. De grandes déchirures s'ouvraient dans son flanc. De lentes rivières de feu descendaient vers elles le long des pentes. Elles furent bientôt englouties. Une pluie de cendre chaude tombait.

Ils se tenaient debout, à présent; Sam serrait la main de son maître et la caressait. Il soupira.

« Dans quelle histoire nous avons été, hein, Monsieur Frodon ! » dit-il. « Je voudrais bien pouvoir l'entendre raconter ! Croyez-vous qu'on dira : Et maintenant, voici l'histoire de Frodon aux Neuf-Doigts et de l'Anneau du Destin ? et alors, tout le monde fera silence, comme nous le fîmes quand, à Fondcombe, on nous a raconte l'histoire de Beren à la Main Unique et du Grand Joyau. Je voudrais bien pouvoir l'entendre ! Et je me demande quelle sera la suite après notre partie. »

Mais, tandis qu'il parlait pour éloigner la peur jusqu'au dernier moment, ses yeux vaguaient toujours vers le nord, le nord froid, se muant en grand vent, repoussait l'obscurité et les nuages défaits.

Et ce fut ainsi que Gwaihir les vit de ses yeux perçants et à longue portée, comme il venait sur le vent furieux et que, défiant le grand péril des cieux, il tournoyait dans l'air : deux petites formes sombres, perdues, main dans la main, sur une petite colline, tandis que le monde tremblait sous eux et haletait et que les rivières de feu approchaient. Et au moment où, les ayant décelés, il fonçait sur eux, il les vit tomber, épuisés ou suffoqués par les fumées et la chaleur ou finalement abattus par le désespoir, et se cachant les yeux devant la mort.

Ils gisaient côte à côte ; Gwaihir fonça, tandis que Landroval et Meneldor le rapide descendaient également ; et, dans un rêve, sans savoir quel sort leur était échu, les voyageurs furent soulevés et emportés au loin hors de l’obscurité et du feu. 

Livre VI, Chapitre IV, p 1013-1014

C'est une fin heureuse. Nous n'aurons pas la chance de voir des aigles nous emporter loin de la tourmente. Nous sommes encore dans les heures de combat de l'histoire. Mais l'histoire ne s'arrête pas là ; car si Sam rentre chez lui pour se marier, être élu maire et profiter longtemps de sa vie, Frodon lui ne parviendra pas à trouver la paix. Au bout de quelques années, il traversera la mer à la suite des elfes pour passer le reste de sa vie à Valinor, une terre où ses blessures trouveront la guérison. 

Nous sommes tous, au cœur de cette longue nuit, des porteurs de l'anneau. Notre premier combat n'est pas dans les armes, mais dans le silence de notre cœur. Si nous n'arrivons pas à préserver la paix, la charité, l'humilité, si nous ne venons pas pour défendre le beau, le vrai et le faible, alors nous ne servons plus à rien. Alors nous perdons. Alors nous transformons la victoire en défaite. 

Il ne s'agit pas de dénigrer d'autres engagements plus actifs. Ils font partie de cette grande histoire, au même titre qu'Aragorn, Eomer, Gandalf, font partie de l'histoire du Seigneur des Anneaux. Mais quels que soient les engagements que nous prenons – et ils peuvent être multiples – nous devons garder à l'esprit que nous ne pouvons combattre la haine avec la haine ou le mensonge avec le mensonge, que tout conflit est un mal auquel nous sommes soumis, en tant que défenseurs, mais que nous ne pouvons que regretter.

Faramir, capitaine de guerre, expliquait à Sam et Frodon : « Je n'aime pas le glaive luisant pour son acuité,ni la flèche pour sa rapidité, ni le guerrier pour sa gloire. J'aime seulement ce qu'ils défendent ». J'espère qu'un jour, les manifestants baisseront leur pancarte. Que les Hommens iront se rhabiller. Que les télétransporteurs rentreront chez eux. Que les veilleurs iront se reposer. Non parce que nous aurons renoncé. 

Mais parce que le soleil se sera levé.

Publié dans Culture | Commentaires (0) |  Facebook | | | Isabelle

22/07/2013

Veiller avec les Hobbits - Livre VI (19/20)

Le dernier choix

Voir un résumé de l'histoire - Voir les épisodes précédents


samsagace.jpgFrodon et Sam arrivent au pied de la montagne du destin, et là encore Sam se retrouve à veiller, en proie au doute. 

Il ne pouvait dormir, et il mena un débat avec lui-même. « Allons, voyons, on a fait mieux que tu ne l’espérais, dit-il résolument. On avait bien commencé, en tout cas. Je crois qu'on a dû parcourir la moitié de la distance avant de s’arrêter. Un jour encore suffira. » Et il s’arrêta.

« Ne sois pas stupide, Sam Gamegie, répondit sa propre voix. Il n'ira pas un jour de plus comme ça, s'il peut même aucunement bouger. Et tu ne peux pas continuer encore longtemps en lui donnant toute l'eau et la majeure partie de la nourriture. »

« Je peux faire encore pas mal de chemin, et je le ferai. »

« Pour aller où ? »

« A la montagne, bien-sûr. »

« Et alors, Sam Gamegie, une fois là ? Une fois là, que feras-tu ? Il ne pourra rien faire par lui-même. »

A son désarroi, Sam se rendit compte qu'il n'avait rien à répondre a cela. Il n'avait aucune idée claire. Frodon ne lui avait guère parlé de sa mission, et Sam ne savait que vaguement que l'Anneau devait de façon ou d'autre être mis dans le feu. « Les Crevasses du Destin », murmura-t-il, tandis que le vieux nom surgissait dans son esprit. « Eh bien, si le Maître sait où les trouver, moi je n'en sais rien. »

La réponse vint aussitôt : « Tu vois ! Tout cela est parfaitement vain. Il l'a dit lui-même. C'est toi l’imbécile, à continuer à espérer et à peiner. Vous auriez pu vous étendre et vous endormir tous les deux il y a plusieurs jours déjà, si tu n'avais pas été aussi obstiné. Mais tu mourras tout autant, et peut-être d'une mort pire. Tu ferais aussi bien de te coucher maintenant et d'abandonner. Tu n'arriveras jamais au sommet, de toute façon. »

« J'y arriverai, dussé-je tout laisser derrière hormis mes os, dit Sam. Et je porterai moi-même Monsieur Frodon jusqu'en haut, même si cela doit me rompre le dos et le cœur. Alors, assez discuté ! »

A ce moment, Sam sentit sous lui un tremblement dans le sol, et il entendit ou sentit intuitivement un grondement éloigné, comme d'un tonnerre enfermé sous terre. Il y eut une brève flamme rouge qui tremblota sous les nuages avant de disparaître La Montagne aussi avait le sommeil agité.

Livre VI, chapitre III, p 1001-1002

Sam a compris finalement que cette quête lui demanderait aussi sa vie. Mais il ne l'a pas compris d'un seul coup. C'est à force d'une multitude de petits choix, toujours pris dans la même direction, qu'il en arrive à ce choix crucial. Ainsi la parole d'Elrond quelques mois plus tôt se réalise : «  Plus loin vous irez, moins il vous sera facile de vous retirer ; cependant, aucun serment ni aucune obligation ne vous oblige à aller plus loin que vous ne le voudrez. Car vous ne connaissez pas encore votre force d’âme... » Sam aurait été bien en peine de prédire qu'il serait celui des huit compagnons de Frodon qui irait jusqu'au bout, celui qui continuerait d'avancer lorsque même les forces de Frodon l'abandonneraient. Nous ne savons pas non plus où nous entraînera notre engagement présent. Mais contentons-nous de nous engager aujourd'hui et maintenant. Et peut-être que ce qui nous paraît banal aujourd'hui semblera héroïque aux yeux des autres ; peut-être aussi que ce qui nous semble héroïque aujourd'hui nous paraîtra facile demain, parce que, comme Sam, nous nous serons contenté de faire ce qui nous paraissait bon et utile à l'instant présent. Gardons au cœur que jamais nous ne serons tenus d'accomplir des exploits que nous n'avons pas la force d'accomplir, et - si nous avons la foi en Dieu - qu'une vertu de force finale nous sera accordée si notre devoir demande plus que ce que nous pouvons donner.

>> Lire la suite

Publié dans Culture | Commentaires (0) |  Facebook | | | Isabelle