12/06/2010
Pour sortir de l'Ordinaire...
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11/06/2010
Comment j'ai inflitré les traditionalistes - (4/4)
7h00, 22 mai. Parvis de la Cathédrale Notre Dame de Chrétienté. Je retrouve quelques amis : Gégé, un jeune cathogeek en chemise et sa frangitude, Lionceau, un teenager en veste de treil, Ocelot, lunette de BG passées au col de son polo, Louve, Écureuil et Dauphin, dont les deux premières s'occuperont des chapitres enfants et la troisième marche avec nous. On est rentré à l'arrache dans la cathédrale pour la bénédiction de début. Évidemment, Skywalker a un peu de mal à suivre. Je m'étonne : il y a tant de nationalité que ça ? D'abord on s'exprime en polonais, maintenant en anglais, tout à l'heure en allemand et dans quelques minutes ça sera l'espagnol. Cascouille me les brise histoire de s'amuser (c'est dans sa nature) : « C'est pour ça qu'on va dire la messe en latin, p'tit mouton plein d'poils ! Au moins tout le monde pourra suivre »...
Alors une petite précision : je n'aime pas qu'on m'appelle p'tit mouton plein d'poils. Autre chose : je n'aime pas qu'on me prenne pour un crétin des Alpes. Du pays de Galles, à la limite. Enfin, étant en phase d'infiltration, je n'allais pas me vexer pour si peu : l'heure était grave.
Nous quittons la cathédrale sous le soleil. Dans l'allée, mes compagnons de voyage ont repéré notre chapitre. Croix rose et Lion de Flandre : c'est la Treille. Si je comprend bien l'organisation, le pèlerinage est divisé en région. Chacune se voit attribuée une couleur, par exemple le rose pour le Nord. Ces régions sont elles-mêmes divisées en chapitres, qui rassemblent les pèlerins par paroisse, par ville ou le cas échéant par troupe, compagnie, meute, clairière etc. Je m'y connais, j'ai déjà infiltré deux ou trois groupes scout dans les années précédentes, cette année je m'occupe d'une compagnie SUF (mais il ne faut pas le répéter, c'est un reportage top secret financé par la DDJS et les francs-maçons1).
Me voilà donc au milieu de ces tradis-bourrins-facho-mytho dopés à la testostérone et la graisse de rangos. Des gros bras, quoi, des mecs qui en ont, qui parlent latin et font cent bornes les doigts dans le pif. Je sens que je vais morfler, à les subir. Ça va être jugulaire, mes amis, p'tit doigt sur la couture du pantalon, au rapport à poil et des pompes si tu fais le malin. Et étant un mouton, je ne sais pas pomper. On me présente le chef de chapitre. J'en tremble déjà. Mauvais pour un mouton. Quand on a la tremblote, nous, on nous pique figurez-vous. Et là, destruction du mythe. Chute. Et de haut. Heureusement que je n'ai pas de rédac-chef, qu'est ce que je lui dirais ? Le chef de chapitre n'a pas de rangers, ni de youle, ni de treillis, ni de musette kaki, ni de testostérone d'ailleurs. Le chef de chapitre est... une femme. Une jeune fille pour être exact, et tout a fait charmante en plus. Et comme si ça ne suffisait pas, je constate rapidement que le sexe ratio est légèrement en faveur de la gente féminine dans ce chapitre – je dirais, 55 ou 60% de jeunes filles. J'y perd, en terme de ligne éditoriale, et – hélas – on ne fait pas un pèlerinage pour draguer.
Mes amis, ce sera le début d'une longue, longue, longue suite de déceptions cruelles.
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