07.12.2009

Gros budget pour fantasy ?

Doit-on nécessairement avoir un gros budget à disposition pour adapter au cinéma une oeuvre fantastique ? Après "The Hunt for Gollum", Kate Madison réédite l'exploit avec "Born of Hope", envoyé il y a trois jours sur Dailymotion. "For an historical fantasy feature film our budget is incredibly low, with an estimated total budget of around £25,000", annonce le site du film. C'est bien cette affirmation qui me tracasse: les films de fantasy s'encombreraient-ils donc de coût de production "incredibly"... high ?

La bande annonce du film

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Sponsors et donateurs ont fourni la mâne financière essentielle au tournage de "Born of Hope", en nature ou en espèce. L'équipe britannique peut s'appuyer sur des réseaux importants de fans, grace au succès littéraire de Tolkien depuis 60 ans, surtout en Angleterre, et à la popularité de l'adaptation cinématographique de Peter Jackson. Certains membres de l'équipe de Peter Jackson, comme Richard Taylor, montrent de la sympathie envers l'initiative de cette fan-fiction. On peut néanmoins craindre de voir cette initiative constituer pour les fans un désaveu de la politique financière des réalisateurs de fantasy.

Et bien au-delà. Car c'est la production cinématographique à gros budget toute entière qui pourrait être remise en question par ces fan-fictions. Un film gratuit sponsorisé, c'est la mort du cinéma payé par les ventes, non ? Sauf que les sponsors sont des amis, des fans, et pourraient - pourquoi pas - être des universités soutenant leurs étudiants.

Nous en sommes encore au stade des interrogations. Car dans sa forme, le film imite encore par trop le style de Peter Jackson, avec moins d'orgueil. La tâche suivante d'une fan-fic cinématographique serait de se libérer totalement de l'emprise jacksonienne, proposant une vision différente de la Terre du Milieu. Par ailleurs, remarquable par sa qualité d'images, le scénario reste un peu faible, comptant lourdeurs, lenteurs et erreurs de tournage. On sent que c'est encore un film amateur.

Un film amateur qu'on aimerait bien voir des étudiants en "cinéma, art et culture" et amateurs français réaliser avec le même succès.

05.05.2009

Les leçons de l'amateurisme (The Hobbit - 2)

Hunt-for-Gollum-20080912-01.jpgNombreux sont ceux qui ne comprennent pas qu'on puisse apprécier les écrits de Tolkien et s'agacer d'une adaptation cinématographique.

Selon eux, l'adaptation Jacksonienne serait la seule possible, au regard de la difficulté d'embrasser l'ensemble de l'oeuvre. Et celui qui s'offusque ne peut être qu'un élitiste dégoutté de voir son plaisir exclusif partagé avec la masse stupide des adeptes du sang à gros budget, du sentiment bas de gamme, des batailles hautes en pixels et autres mièvreries.

Depuis le 3 mai, on peut visionner gratuitement sur dailymotion un film réalisé par des amateurs. Elbakin annonçait ce matin déjà 300 000 visionnages : autant dire que c'est un succès. Les détracteurs de Peter Jackson en profitent pour puiser quelques idées qui devraient à leur sens permettre des adaptations plus fidèles. Aewmor, sur Tolkiendil, assure par exemple : "L'objet n'est pas parfait mais très franchement, vu son contexte de réalisation, il serait presque mesquin d'exprimer des critiques, non ? Les images sont superbes, les maquillages fort bien faits, certains points de vue très intéressants et l'ensemble très crédible, somme-toute". Sur JRRVF, le très virulent Isengar, haut pourfendeur d'un certain néo-zélandais, donne ses premières impressions : "Quelques incohérences par-ci par-là, la présence superfétatoire des Nazgûl dans l'affaire (quoique...), le combat contre le dernier orque parfaitement inutile..."

Petit budget à l'honneur

En temps de crise, on ressert les cordons de la bourse ! On peut dire que le principal atout de ce film est... de ne pas avoir coûté cher. Un petit calcul opéré par Aewmor aboutit à la conclusion que "si les réalisateurs avaient dépensé autant que Jackson (toute proportion de durée gardée), ceci aurait coûté 26 millions de dollars". Dans le chapitre des économies, signalons par exemple l'emprisonnement de Gollum dans un sac pendant presque tout le film. En plus de rajouter un élément comique au scénario, le budget consacré aux effets spéciaux garde la ligne. "Il y a des productions hollywoodiennes qui devraient en crever de honte", déclare Foradan sur Elbakin. Sur le blog de Libération, Alexandre Hervaud tire son chapeau devant l'exploit financier : "Tourné au Pays de Galle pour 3000 dollars, soit beaucoup moins que le budget « poils de pieds de Hobbits » dans la trilogie de Peter Jackson, le film donne l’impression d’en avoir coûté dix fois plus (même si, sachant que toute l’équipe a travaillé bénévolement, une telle somme paraît relativement réaliste)". Voilà qui tort le cou à la croyance selon laquelle un film de fantasy (high fantasy en l'occurrence, genre noble par excellence) est raté s'il ne coûte pas la peau du dos.

Amateurisme et Jacksoneries

Reste que le film est amateur. "Je suis heureux que le sous-titrage n'ait pas donné la transcription des paroles "elfiques" prononcées, car rien que de les entendre, j'étais assez inquiet. C'est qu'on finirait par regretter David Salo*, au fond..." s'émeut Elendil en simultané sur JRRVF et Tolkiendil. Mais les reproches dénoncent moins les écarts dus à l'amateurisme que les reprises au film trilogique et néo-zélandais. Alexandre Hervaud constate ainsi que "Jackson est d’ailleurs, bien malgré lui, omniprésent dans ce fan film ambitieux, et c’est là le principal défaut du film. On peut en effet reprocher au réalisateur Chris Bouchard un certain manque de personnalité tant il recycle les éléments de la trilogie du néo-zélandais". Ces reprises du films de Peter Jackson sont analysées comme une sécurité."Dans la catégorie des reprises regrettables de PJ, on regrettera quand même l'Aragorn barbu (de descendance Elfe donc imberbe, normalement). De même pour la magie arwenienne, décidément étonnante", dénonce Elendil, tandis que Aewmor fustige l'hyper-solennité de la trilogie. "Mais soyons honnêtes : l'oeuvre n'est pas dénaturée, et c'est bien là le principal!"

*David Salo est le linguiste expert ès langues de la Terre du Milieu ayant travaillé sur la trilogie de Peter Jackson.

08.02.2009

Roswell, les deux filons d'X-Files

roswell.jpgUne seule histoire, presqu'aussi connue aux Etats-Unis que le retour probable d'Elvis Presley, est à la source de la série X-Files. La série s'inspire effectivement autant de l'affaire que de ses conséquences sur l'American Spirit.

Les questions ont véritablement commencé à se poser aux Etats-Unis après un événement étrange au sujet duquel tous les éclaircissements n'ont pas été apportés, et au sujet de laquelle Edgar J. Roosevelt, le patron du FBI et son inventeur, ne put jamais à son désespoir faire toute la lumière. Cette affaire est la première des affaires non classées et c'est par elle que tout débute : le crash d’un appareil non identifié dans la région de Roswell aux Etats-Unis, dans la nuit du 2 au 3 juillet 1947. Curieusement, certains américains n’ont jamais cessé de croire qu’il s’agissait d’un OVNI.

Ce que l'on nomme aujourd'hui l'affaire Roswell a alimenté bon nombre de suppositions. La Mythologie d'X-files (c’est à dire l'histoire récurrente à laquelle est consacrée plusieurs épisodes dans chaque saison) est bâtie entièrement sur cette affaire. Nous pouvons résumer grossièrement en deux points les fondations de la Mythologie, qui se trouvent entièrement contenus dans l’affaire Roswell :

 

- L'existence d'une vie extraterrestre. C'est aussi la quête, le Saint Graal de l'agent Fox Mulder, dont la sœur,  pense t-il, a été enlevée par des petits hommes verts. Les petits hommes en question sont en fait grands et gris. Et ce ne sont pas des hommes. L'affaire est classique : ils viendraient sur Terre pour coloniser la planète de la manière la moins pacifique qu'il soit.

 

- La conspiration. Ce thème est cher au cœur de tous les américains. Les men in black rodent, il sont parmi nous. La CIA inspire le mystère. L'armée, qui fait confiance au secteur privé pour externaliser certaines taches, inquiète. Les grands lobbies sont des groupes de pressions parfois occultes qui font peur. Et enfin, et surtout, la confiance des américains dans le gouvernement est toute relative : "government denies knowledge".

07.02.2009

I want to believe

I want to believe.jpgYes, we can ! Le dernier film inspiré de la série X-Files, qui s’est donné pour titre le fameux mot d’ordre de Mulder, n’est pourtant guère convaincant. Oublions ce navet et revenons je vous prie à la série originelle, celle d’avant le Péché, celle d’avant la saison 8.

 

"Les américains sont de grands enfants, ils sont prêts à croire même en des théories farfelues : à preuve le nombre de sectes aux Etats-Unis, que la législation libérale en matière de religion favorise sans le vouloir". Voilà une opinion exprimée ce matin par un ami. Encore est-il que seule une minorité est concerné par ce phénomène. J.R.R. Tolkien, qui s'y connaissait en terme d'histoires biscornues, a écrit un jour : "(...) à mon avis on ne doit pas associer spécialement le conte de fées aux enfants". Sans doute pourrait-on dire la même chose de la science-fiction. On va même plus loin, prétendant parfois que ces films ne sont pas faits pour les enfants. La science-fiction, plus que le conte de fées ou ce qu'on appelle aujourd'hui la fantasy et qui y ressemble beaucoup, à un accent, une apparence de véracité, tant et si bien que certains tordus finissent par y croire avant de rejoindre une secte ufologique. Lorsque nous entendons une histoire, nous lions un pacte avec le narrateur : tant qu'il nous racontera son histoire, nous acceptons de prendre au mot tout ce qu'il nous dit, comme si c'était vrai. Ce pacte dans les anciens contes de fées était signé par le traditionnel "il était une fois" ; le générique d’X-Files nous en tient lieu – d’où son importance.

 

La science-fiction va plus loin que le simple pacte. Tout est fait pour que l'auditeur y croie vraiment. Des événements réels sont utilisés, et surtout il n'existe aucune frontière entre les deux mondes. Pas de Terre du milieu, pas de Pays Imaginaire, même pas de galaxie lointaine, très lointaine. "La limite entre la science et la science-fiction n'existe plus", avoue Kritschgau à Mulder au début de la saison six. Et c'est vrai. Où commence la science-fiction ? Où commence l'impossible ? L'existence des extraterrestres relève t-elle de notre imagination ou d'une possibilité réelle ? Pourquoi, si l'on ne le supposait pas, le gouvernement américain aurait envoyé dans l'espace, hors de notre système solaire, dans un voyage sans retour, une sonde spatiale contenant des indications sur l'existence d'une vie intelligente sur Terre ? Voyager  est suffisamment loin à présent pour que nous n'en entendions plus parler... Et si un message, une réponse, nous parvenait ? Ou s'arrête l'imagination, ou commencent les suppositions ?

06.02.2009

A la recherche d’un vaccin contre l’antiaméricanisme.

drapeau américain.JPGL'antiaméricanisme, qui connaît un regain de virulence en France à chaque élection républicaine[1], est fondé sur l'impression que les Etats-Unis ont comme ambition de répandre partout où ils peuvent leur American way of life.

 

La politique extérieure des USA est en effet une succession de phases d'isolationnisme d'ouverture, dont la plus brutale vient après 1945. Les GIs avaient posé les jalons en échangeant avec les français libérés quelques bonnes bouteilles contre la boisson pétillante qu'on leur donnait dans leurs rations : le coca cola. La consommation était le meilleur moyen de diffuser l'American way of life. Un élément fut décisif dans cette diffusion : le Cinéma hollywoodien. Une véritable usine à identité américaine, un gigantesque moyen de publicité pour les chewing-gum, les jeans, le rock’n’roll, les cow-boys et les indiens. Léon Blum n'est pas seulement l'homme du Front Populaire et des congés payés. Il fut aussi le signataire[2] des accords qui, dans la période de la reconstruction, conditionnèrent l'aide américaine à l'ouverture des salles de cinéma françaises aux productions hollywoodiennes. Léon Blum ne signait pas : il abdiquait.

 

Alors qu’en 1953, plus de 40% des américains possèdent la télévision, il faut attendre 1966 pour que plus d'un français sur deux soient équipés du petit écran ! Inutile de dire que les programmes américains avaient une longueur d'avance. Leur diversité, au début des années cinquante, était déjà impressionnante : jeux, informations, séries calquées sur les westerns, enquêtes policières... Il était plus facile et moins cher pour les pays à la traîne de récupérer et traduire lesdites émissions. Pour le plus grand bonheur des dirigeants qui savaient à quel point ces émissions véhiculaient les valeurs, goûts et habitudes qu'ils voulaient voir diffuser. Et bien malgré ces opérations publicitaires, nous ne sommes pas devenus américains. Nous regardons sans comprendre. Trop gaulois dans notre tête, nous confondons Bush et César. Nous sommes allergiques aux américains ; seuls ceux qui pensent comme des français[3] trouvent grâce à nos yeux. Il nous faut une arme contre ce choc invisible des cultures. Saisissons nous de l’esprit américain, et nous aurons un vaccin contre notre intolérance.

 

Quel autre moyen pour chercher à saisir l'esprit américain que d'étudier en long, en large et en travers une série américaine ? Affaire non classée ! X-files est, à mon humble avis, une clé pour pénétrer cet univers illogique. Plusieurs raisons à ce choix : premièrement, le succès de la série. Deuxièmement, son sujet : pourquoi ne pas chercher à résoudre notre affaire non classée en travaillant sur les affaires non classées, créant ainsi un lien magique entre notre étude et le service du FBI relégué au sous-sol ? Avouez que l'occasion était tentante. Troisièmement, mon expérience personnelle m'a montré qu'une connaissance assez approfondie de la série permettait de s’approprier l'esprit américain. Les moyens pour y parvenir sortent de l'ordinaire ; c'est normal. Bienvenue au royaume des amateurs d'ovnis et de fantômes, bienvenu aux affaires non classées. Après tout, ne chassons-nous pas un esprit ?



[1] Le si démocrate Barack Obama n’a pourtant rien fait pour être aimé par les français !

[2] Avec James Francis Byrnes, secrétaire d’Etat sous Truman.

[3] L’un d’entre eux viendrait d’être élu président des Etats-Unis. Le compte à rebours avant déception totale a commencé.