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15/04/2017

10 scénarios d'après guerre en Syrie : le dernier va vous étonner !! #putaclick

Marmusa.pngPour aider la réflexion, j'ai rédigé dix scénarios d'après guerre en Syrie, classés en quatre catégories : les meilleurs, les médiocres, les mauvais et les pires, chaque catégorie comprenant un "plus réaliste" et un "moins réaliste". 
C'est plus ludique qu'académique : mais on tire des enseignements parfois plus justes du "jeu" que des grands débats d'idées.

Les meilleurs

 
Le plus réaliste
Assad gagne. Mais il accepte les enquêtes de l'ONU et se soumet à la justice internationale. Il est condamné, et l'enquête soulève la responsabilité de plusieurs généraux qui ont encouragé ou couvert des crimes de guerre. Une purge a lieu dans le gouvernement, tandis que des élections démocratiques plébiscitent un proche d'Assad qui était plus mesuré que les autres ; celui-ci ayant donné des gages aux lobbies pétroliers aux membres désintéressés de l'ONU, il compose un gouvernement qui reprend grosso modo le système libanais qui fait la part belle aux communautés. Et quand toutes les armes ont été déposées (hors celles de l'Etat et des instances internationales), quand toutes les factions sont neutralisées, quand toute suspicion de pression sur le peuple a disparu, quand la Constitution garantit que chaque communauté jouit des mêmes droits et devoirs, et au sein de chaque communauté chaque individu ; que rien ni personne ne pourra aller à l'encontre des droits de chaque communauté ou la léser de quelle que façon que ce soit, ni légalement, ni à l'issue d'un vote, ni suite à une décision de justice. Alors, le gouvernement organise des élections libres et la communauté internationale comme les Syriens en acceptent les résultats.
 
Le moins réaliste
On a la peau d'Assad, et il est condamné par un tribunal international dans le respect de la Justice. Des élections démocratiques sont organisées par les casques blancs, bleus ou toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, et au lieu que la majorité vote pour bouffer les minorités au dîner (ce qui n'arrive de toutes façons jamais donc pourquoi s'en inquiéter), ils votent pour un opposant d'Assad non-violent (s'il en reste, parce qu'avec le temps ils sont peut-être tous devenus pro-Assad par la force des choses). Celui-ci, sous le contrôle de l'ONU, met en place un régime parfaitement démocratique. Toutes les libertés sont restaurées ou plutôt instaurées : liberté de la presse, liberté d'association, élections parlementaires libres (et personne n'en profite pour appeler aux armes, au meurtre ou à l'exclusion de telle ou telle communauté ; formidable), liberté religieuse (et personne ne s'offusque ou ne mène de vendetta quand le neveu se convertit à une autre religion ; merveilleux). La croissance atteint des sommets inégalés, c'est -à-dire au-delà des 8-9% d'avant-guerre, le pays baigne dans le lait et le miel et tous les réfugiés rentrent en chantant.
 

Les médiocres

 
Le plus réaliste
Assad gagne. Les enquêtes n'arrivent pas à prouver sa culpabilité de manière certaine, et ça s'enlise avec les années. La situation est de toutes façons telle que les syriens préfèrent tourner la page de la guerre et cherchent à reconstruire leurs quartiers plutôt qu'à démembrer l'Etat : c'était un tel bordel que tout le monde a hâte d'en finir. Au niveau international, Assad essaie de favoriser tout le monde (un petit gazoduc par-ci, un peu de pétrole par là...) et abreuve les médias de belles déclarations qui permettront de convaincre chaque bon peuple de chaque nation du monde "qu'on a eu raison et que tout est pour le mieux". On s'en sort avec une pirouette, Assad fait profil bas, allant jusqu'à accepter des tas de négociations, d'élections, un peu moins de surveillance, un peu plus de Facebook, de droits et de libertés. Histoire de montrer que c'est bon, il a compris la leçon. Mais pas trop quand même, hein, parce que si la liberté des uns s'arrête où commence celle des autres il va falloir imposer des règles très strictes. 
 
Le réaliste aussi
Après la guerre, Assad est condamné par un tribunal international, dans le respect de la Justice. C'est un peu moins réaliste que le précédent, parce que je vois mal Assad se laisser condamner. Des élections démocratiques sont organisées par les casques blancs, bleus ou toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, et au lieu que la majorité vote pour écraser les minorités (on est d'accord, c'est peu probable de toutes façons), ils élisent un sunnite modéré à poigne qui va être capable de s'imposer à toute la bande de braillards rebelles, lesquels ont vachement envie de signer un chèque en blanc à leur nouveau président, quel qu'il soit. Le mec met en place un régime autoritaire dès que l'ONU a le dos tourné (avec la complicité des puissances occidentales qui comptent sur l'échiquier, parce qu'il aura bien géré certains petits deals). Dix ans plus tard, les syriens ont un régime autoritaire à tendance un peu dictatorial et pour eux, rien de changé sur le fond. Mais on a eu la peau d'Assad. N'était-ce pas ce qui comptait ?
 
Le moins réaliste
Une fois Daesh vaincu, la guerre reprend du souffle en Syrie. Excédés, une majorité de Syriens fait appel à la communauté internationale. Le pays est mis sous contrôle de l'ONU, séparé en zones (ou aux mains d'une seule puissance). Tribunal international, etc.. Les tentatives d'imposer un pion aux ordres ou d'instaurer un régime démocratique retombant comme un soufflé trop cuit, la présence internationale s'installe (ben oui, parce que ça se passe JAMAIS comme on l'espérait). La Syrie redevient progressivement un genre de protectorat, avec des zones plus ou moins indépendantes. Le retrait progressif des forces se passe à peu près comme en Irak, c'est-à-dire mal, jusqu'à ce qu'un monstre dans le style de Daesh (mais pas Daesh) pointe le bout de son nez, et une nouvelle guerre reprend avec cette fois Daesh - ce qu'il en reste - allié du camp du Bien parce qu'après tout c'est qu'on a fait avec Al Qaeda. Peu réaliste, dans le sens où Obama en a tellement chié avec l'Irak que Trump ne doit pas être super motivé à l'idée de repartir pour un tour.

Les mauvais

Le plus réaliste
Suite à une défaite et/ou démission d'Assad, des élections démocratiques sont organisées et la communauté majoritaire (les sunnites, à 75%) envoie la masse de député à l'assemblée. Dès que l'ONU a le dos tourné, quelques leaders un peu radicaux commencent à exercer diverses pressions sur les minorités. Les décisions de justices sont étonnamment toujours en faveur des sunnites. La pratique publique des cultes minoritaires est interdite (ce qui n'était pas le cas sous Assad) mais la pratique des cultes minoritaires et tolérée, etc.. Les alaouites sont systématiquement suspectés et n'ont plus accès à certains postes, comme les chrétiens, puis les druzes... sous prétexte que le régime précédent les protégeait (ce qui en fait des complices). Au début, tout les citoyens sont égaux. Après un moment, certains citoyens sont plus égaux que d'autres. Et puis à force d'amendements, de brimades et de précédents judiciaires, on obtient que les membres de certaines communautés deviennent des citoyens de seconde zone. Evidemment, ça veut dire que toute personne au sein de la majorité qui commence à dire que "quand même, hein, c'est pas juste" doit être réduite au silence. Si avec ça on en arrive pas à la dictature pour tous... Mais la dictature de la majorité. C'est ça, le principal. Bien-sûr, l'Europe récupère ses petits soldats démobilisés (mais ça c'est dans presque tous les cas). J'oubliais : la Turquie va bien devoir accepter un kurdistan ; la Syrie et l'Irak sont redessinées pour correspondre à la carte des communautés, qu'on a assez baladée pour que ce soit crédible.
 
Le moins réaliste
Assad gagne grâce à Poutine et Poutine seulement, les autres ayant refusé de lui serrer la pince. L'ONU décrète des sanctions internationales contre les deux pays ; les enfants syriens, ça leur fait une belle jambe. La Russie décrète que fuck l'ONU, l'Iran la suit dans son délire, ainsi que le Grand Kurdistan qui est né de la guerre (ah oui, je n'en avais pas encore parlé des kurdes !). Comme Trump est un facho qui s'en fout de ce qui passe ailleurs et ne veut surtout pas le savoir, il se désintéresse de la chose et la construction de nouveaux murs à droite à gauche lui est un divertissement agréable. Pendant ce temps, les jihadistes désœuvrés cherchent à s'occuper. Echouant à entrer en Russie ou aux USA, ils décident de s'éclater (la tronche) en Europe où la guerre civile se déplace, et on s'en prend plein la gueule dans l'indifférence générale des deux blocs. L'Europe devient le nouveau tiers-monde (au sens historique du terme), l'Asie prend le lead, l'Afrique continue à, euh... continuer, et finalement, c'est tellement glauque que mon pessimisme légendaire va commencer à trouver ça réaliste.

Les pires

Le plus réaliste
La guerre se poursuit pendant encore cinq ans ; la Syrie perd 60% de sa population. Le territoire devient un champ de bataille où chaque nation peut envoyer les assoiffés de baston pour leur éviter de se faire exploser à domicile. A la fin, on finit par avoir la tête d'Assad sur une pique promenée dans Damas entre deux tirs de kalach d'occaz' et le pays reste une zone de non-droit où se dressent des murs, des barrages et des tranchées pendant encore des années. Mais dans toute guerre, un gagnant finit toujours par remporter la partie, même s'il faut pour cela plusieurs tomes ou plusieurs saisons. A la fin, les cartes de la Syrie et de l'Irak sont complètement redessinées en un patchwork communautaire de petits états facilement contrôlables par les Saoudiens, les Qataris et leurs potes euro-américains. C'est le pire schéma pour l'humanité : l'échec du "vivre ensemble", comme on dit poétiquement. Mais c'est sans doute le meilleurs scénario pour les Etats qui ont débuté et qui finiront cette guerre.
 
Le moins réaliste
Daesh gagne. Une théocratie est instaurée et s'étend progressivement vers la Turquie, la Jordanie, l'Iran, le Liban etc.. Les pays concernés construisent des murs à côté desquels la Grande Muraille est un bébé et le Rideau de Fer une construction Playmobil. Mais comme ça ne marche jamais et que de toutes façons le régime fait des émules en dehors de son territoire grâce à Youtube, des attaques se poursuivent dans les pays voisins et lointains pendant que le peuple, à l'intérieur, subit un régime totalitaire qui ferait passer Assad pour Gandhi. Dans le meilleurs des cas, ça s'effondre tout seul après quelques temps. Au pire, ça aurait pu se stabiliser en mode Corée du Nord au bout de quelques années ; mais comme les attaques terroristes continuent, une nouvelle guerre, cette fois totale et implacable, se dessine. Le plus réalistes des pires scénario n'est pas très probable. Dieu merci, une victoire de Daesh paraît assez compromise.
 
 
Le complètement fumé
Un virus d'un nouveau genre est développé par un savant fou à la solde de Assad Daesh Iran Poutine Trump Hitler oh, j'en sais rien, on s'en fout. Le début d'un refroidissement planétaire qui va nous apporter un hiver de cent ans transforme une petite attaque bactériologique en invasion de zombies déferlant sur les villes. Alors forcément, ça calme tout le monde d'un seul coup. Les pays alentours construisent un mur. Mais combien de temps pensez-vous qu'il pourra tenir ? A moins d'un renfort de dragons, on est foutu les gars #WinterIsComing.

Conclusion

Ma préférence personnelle serait que le plus réaliste des meilleurs advienne. Mais on ne vit pas dans le monde des bisounours, et je pense plutôt que les plus probables sont le "réaliste pire", suivi par les "réaliste médiocre" et les deux "réalistes mauvais".
 
C'est ce qui m'a toujours poussé, dès le départ (je me sentais d'autant plus concernée que j'avais voyagé en Syrie peu de temps avant), à être extrêmement sceptique quant à la déstabilisation du régime d'Assad par la violence intérieure et/ou extérieure. Oui, parce que encourager une guerre, tous ces morts, ces personnes déplacées, cette opportunité pour Daesh, en soutenant des factions qui n'ont pas plus d'éthique que les mecs d'en face, tout ça pour en arriver à une situation pire que la précédente (ou équivalente, mais pire puisqu'il y aura un pays à reconstruire), je ne vois pas l'intérêt.
 
Vous allez dire que je n'en sais rien ; je vous dirais que du peu que j'en sais, je ne parierais là-dessus ni ma vie ni l'avenir de mon pays. A plus forte raison la vie et l'avenir des autres. Car je comprends qu'on puisse sacrifier une génération pour la suivante, mais plus ça va et plus je doute qu'il y aura même une suivante pour profiter du merdier qui lui sera laissé.
 
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Aller plus loin : pour vous faire votre propre idée, vous pouvez faire comme moi et vous amuser à lire la masse des reportages sortis depuis les débuts du conflit qui sourcent l'article de Wikipedia + le bouquin de synthèse de Marc Fromager Guerres, pétrole et radicalisme: les chrétiens d'Orient pris en étau (2015) SALVATOR, qui résume bien les origines de la guerre. Mais si vous voulez faire complètement comme moi, il faudrait remonter le temps pour aller en Syrie quelques mois avant le début du conflit et poser les questions qui fâchent aux Syriens (est-ce que vous aimez Assad ? Vous vivez comment le fait d'être une minorité ? Ça se passe bien avec vos voisins ? Ça fait quoi d'être en dictature ? Vous pensez quoi de la guerre en Irak ? Vous voulez pas qu'on vous amène la démocratie, Facebook et les Mc Do ? etc.).

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